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Cas@d€i - Page 4

  • L'anomalie

    Incontestablement un livre brillant, plein d'allusions littéraires à côté desquelles je suis passé allègrement faute de discernement sans doute et de culture livresque certainement mais heureusement le net est là pour nous aider.

    Chacun sait aujourd'hui qu'il s'agit au départ d'une histoire d'avion, d'un vol AF Paris New-York qui atterrit deux fois en mars et en juin à la suite d'un énorme orage avec les même personnages.

    La première partie dépend chapitre par chapitre les huit personnages très dissemblables et reflets de la société contemporaine dont le destin va être affecté par cet évènement inouï.

    Dans la deuxième partie, on plonge dans la science-fiction avec le déroulement de la réaction des autorités américaines, et de la mobilisation de tout ce que nos sociétés modernes peuvent développer pour faire face à un évènement inattendu : FBI, secret, détentions arbitraire, psychiatres, intérêt national, complotisme...et dans la troisième partie chaque personnage doit voisiner, rencontrer son double, la difficulté étant que ce double a vécu trois mois de plus que l'original et a donc un vécu que l'autre n'a pas mais d'ailleurs quel est vraiment l'original, peut on survivre en sachant désormais ce que l'on va vivre dans les trois mois qui viennent etc.

    C'est donc brillant, j'ai beaucoup aimé le début, la présentation des personnages qui permet d'aborder les principaux débats qui agitent notre société et puis, et puis.. .l'interêt finit pas s'épuiser un peu, il y a sans doute trop de personnages, qui manquent peut-être de consistance pour que l'on s'y attache vraiment.

    A moins qu'il ne faille lire ce roman plusieurs fois, plus lentement, pour bien le déguster mais l'écriture vive fait qu'on a tendance à le lire comme un polar ce qui est sans doute dommage.

  • La volonté

    Très beau livre de Marc Dugain. Un ouvrage autobiographique et une histoire du XX siècle à la fois.

    Marc Dugain nous livre ici l'histoire de sa famille. Un grand-père maternel "gueule cassée", sa femme dévouée à jamais à son mari et sa fille unique. Des grands parents paternels, bretons, le père, marin au long cours, la grand-mère qui attend son mari, enclos dans la pauvreté, qui ne comprendront pas l'émancipation de leur fils cadet, le père de Marc, par l'école.

    Le père de Marc va être victime d'une attaque de polio adolescent, il parviendra, bien soigné par un médecin humaniste à marcher en boitillant, à faire de brillante études et deviendra ingénieur en physique nucléaire, spécialiste de l'étude des sols. Son épouse brillante scientifique également fera une carrière exceptionnelle dans l'industrie des eaux. Les deux tourtereaux dès les débuts de leur vie professionnelle s'expatrient en nouvelle Calédonie, puis au Sénégal où va naitre Marc Dugain, il veulent le meilleur pour leurs enfants, jusqu'à l'incompréhension devant ce fils qui ne leur ressemble pas, tête en l'air, poète...

    Tout au long de ce récit Marc Dugain nous raconte en parallèle de la saga familiale l'histoire de la France au XX siècle, la grande guerre, la crise de 29, la montée du fascisme, la défaite de 1940, la décolonisation. Ce siècle Marc Dugain lui règle son compte, il ne l'aime pas. toutes ces erreurs, ces dérives, ce capitalisme triomphant, et pour finir le réchauffement climatique. Heureusement, il y a des individus courageux, qui parviennent à force de volonté à se frayer un chemin exemplaire. De vrais humanistes. L'humanisme une valeur à réhabiliter en ces temps de cynisme généralisé.

     

  • La petite lumière

    Traduit de l'italien. Dès la première phrase, prémonitoire, tout est dit : "Je suis venu ici pour disparaitre, dans ce hameau isolé et désert dont je suis le seul habitant."

    Dès lors le narrateur va nous plonger dans un univers onirique, où il est beaucoup question de feuillage, d'arbres, d'hirondelles, de chauve-souris et même d'extra-terrestres.

    Et le sois, de sa maison, il apercçoit sur l'autre versant de la vallée une petite lumière qui brille toute la nuit plus ou moins intensément. 

    notre héros va partir à la recherche de cette lumière et découvrir un petit garçon, en culotte courte, qui vit seul, va à l'école du soir...très bien élevé, bien organisé ...

    Très énigmatique.

    On se laisse porter par cette histoire délicate, très bien menée, très attachante, luxuriante, angoissante aussi.

     

  • Les pierres sauvages

    Les pierres sauvages est le titre de l'ouvrage écrit par Fernand Pouillon (1912-1986) lorsqu'il était en prison, accusé de malversations financières de ses partenaires dans l'exercice de son métier d'urbaniste et architecte, il sera amnistié par Pompidou un peu plus tard et recevra la légion d'honneur de Mitterand. Quoi qu'il en soit il a été un grand architecte, précurseur du développement durable, il préférait la pierre au béton.

    Avec Les pierres sauvages, qui est sans doute un auto portrait, Fernand Pouillon relate sous la forme du journal imaginaire du moine Guillaume Batz, les péripéties de la maitrise d'oeuvre de la construction de l'Abbaye du Thoronet dans le Var, une des trois merveilles de l'art cistercien en Provence avec Sénanque et Silvacane.

    C'est merveilleux! Quoi de plus beau que ce construire une abbaye au XII siècle. Il faut tout faire : extraire les pierres, les tailler, les affecter en fonction de leur qualité à tel ou tel usage, construire les outils, acheminer les autres matériaux, les vivres, diriger la communauté des moines et des convers, faire les plans, convaincre l'Abbé de l'Abbaye de Florielle, l'abbaye mère, de ses choix, arbitrer les conflits entre les personnes, faire face aux accidents du travail, parfois mortels, à sa propre santé, ne pas se décourager.

    Un livre magnifique qui ne laisse rien paraitre des convictions religieuses ou philosophiques de Fernand Pouillon.

     

  • Lettre à D.

    Les anciens comme moi se souviennent avoir lu Michel Bosquet Journaliste au Nouvel Observateur, pseudonyme d'André Gorz, un esprit toujours aiguisé, précurseur sur l'analyse de la société, du travail, sur la technique, sur l'écologie. Je n'ai jamais lu le philosophe André Gorz, disciple à ses débuts de Marx et de Sartre et qui introduira à la fin de sa vie des cohortes de lecteurs à la philosophie d'Ivan Illich.

    Sa lettre à sa femme Dorine ou Doreen est un petit texte publié un avant leur suicide conjoint en 2007, petit texte mais chef d'oeuvre, une grande lettre d'amour dans laquelle il s'interroge sur le fait que sa femme ait été aussi peu présente dans ses écrits malgré 58 ans de vie commune. Et pourtant Doreen l'a porté tout au long de sa vie tant il était peu sûr de lui, inquiet, pessimiste...

    Avec cette lettre il lui redit son amour comme axu premiers jours lorsqu'il décida sans en être certain qu'il valait le coup de vivre avec elle en s'engageant pour toujours puisqu'elle ne concevait pas qu'il puisse en être autrement! Elle avait raison.

  • La plus secrète mémoire des hommes

    C'est le prix Goncourt! Mais j'avais décidé de le lire dès que j'ai vu et écouté Mohamed Mbougar Sarr dans l'émission La Grande Librairie. Et ce soir là je l'ai trouvé éblouissant et son livre ne déçoit pas.

    L'histoire est assez simple : un jeune écrivain en devenir sénégalais, Diegane Faye, part à la recherche d'une de ces prédécesseur, Elimane,  qui en 1938 a publié en France un livre unique, introuvable aujourd'hui, Le Labyrinthe de l'Inhumain. La critique de l'époque est allée jusqu'à  le qualifier de Rimbaud africain. Mais si le livre est introuvable, son auteur l'est aussi, il a disparu sans laisser d'adresse, est-il mort, exilé, retourné dans l'anonymat en Afrique?

    Diégane part à sa recherche, une recherche qui va le mener à Paris bien entendu, mais aussi à Amsterdam, en Amérique latine.

    On voyage donc, de témoin en témoin qui racontent ce qu'ils savent, ce qu'ils ont appris, ils racontent aussi la shoah, le colonialisme, la culture sénégalaise, la magie, la difficulté d'écrire, l'amour, le désir, la drogue, le recours au plagiat. 

    Parfois on s'y perd un peu, l'écriture est très maitrisée, il faut parfois chercher les mots dans le dictionnaire.

    Tout écrivain est finalement en quête d'immortalité mais  à la fin "faut il écrire ou ne pas écrire?"

  • Joseph en Egypte

    Ce tableau de Guido Reni (1575 - 1642) pour illustrer les deux ouvrages de Thomas Mann qui font suite aux Histoires de Jacob :  Le jeune Joseph et Joseph en Egypte. Ou comment le jeune Joseph, jalousé pour sa beauté et son intelligence par ses frères est jeté par eux au fond d'un puit, recueilli par des caravaniers qui font du commerce avec l'Égypte, vendu à l'Eunuque du Pharaon, Potiphar. Dans cet environnement a priori hostile pour un étranger, Joseph parvient à gravir tous les échelons du pouvoir au point de devenir l'intendant de Potiphar et de susciter l'envie irrésistible de sa femme, folle de désir amoureux, désir auquel il parviendra à résister, ce qui ne l'empêchera pas d'être accusé de viol et d'être de nouveau jeté en prison.

    Thomas Mann est vraiment un romancier remarquable, il parvient à créer un univers fascinant décrire, tous les sentiments humains, l'amitié, l'amour, le respect, l'envie, la jalousie. De très belles pages en attendant l'épilogue que sera Joseph, le nourricier.

    Ecrit sur une période de 20 ans à partir de 1924, cette tétralogie est tout simplement magnifique, elle montre aussi comment un étranger, un juif en l'espèce, est capable de s'intégrer dans la société égyptienne, la plus développée de l'époque, tout comparaison avec l'Allemagne des années trente n'étant pas tout à fait fortuite.

  • Octobre rose

    Octobre rose gersois. la ville de Lectoure et ses clubs sportifs proposaient une balade pour octobre rose.

    Partis de la mairie après vérification des pass sanitaires, elle a a menés les participants vêtus d'un tee shirt rose ou arborant un foulard rose sur un bon rythme sur les remparts de Lectoure, le bastion du château d'Armagnac, le Carmel, le Lycée Maréchal Lannes, La Bambouseraie, la mouline de Belin, la côte du cimetière, la croix rouge et le retour à la mairie. Aux termes des quelques 10 km, un accueil sympathique,  boisson et petite restauration attendait les sportives et les sportifs avec un groupe de danseuses sevillanes.

    Un excellent après-midi par un temps très ensoleillé. En parallèle une randonnée cycliste parcourait les nombreux dénivelés qu'offre la cité gersoise.

  • L'infini dans un roseau

    Irène Vallejo a 42 ans, elle est espagnole, elle a étudié la philologie classique, est diplômée des universités de Saragosse et de Florence et, avec L'infini dans un roseau, elle a écrit un chef d'oeuvre d'érudition sur l'histoire du livre et de la lecture. Ce pourrait être ennuyeux, truffé de notes de bas de page, bref scientifique mais au contraire cela se lit comme un récit, un conte et le lecteur va d'émerveillements en émerveillements. 

    Il est long le chemin qui mène des premières tablettes d'argile aux livre électronique d'aujourd'hui, en passant par le papyrus, le parchemin, les rouleaux, les incunables. Avant les inscriptions sur la pierre, comme encore aujourd'hui sur les tombes, les arbres, pour les amoureux, les histoires étaient transmises oralement, l'écriture, le livre, ont permis de les fixer, mais combien d'histoires perdues, transformées au fil du temps.

    Le livre a t'il encore un avenir? Très certainement, il a survécu à toutes les révolutions technologiques, à toutes les tentatives d'autodafés, 

    Le livre a permis de doper l'espérance de vie des idées, des histoires, il n'est pas prêt de s'éteindre.

  • Salammbô

    La véritable héroïne de ce Roman c'est Carthage. Flaubert était fascinée par l'antiquité, il n'aimait pas son époque, il a fait plusieurs voyages en Orient et les voyages au XIX siècle ne se faisaient par avec Ryanair! C'était une véritable aventure! Dont il est revenu malade de la Syphilis avec une chrétienne ou une musulmane la même nuit, il ne sait pas. mais il a aussi étudié pour écrire ce roman, les paysages, les odeurs, les ruines, la mer, le désert et lu tout ou presque ce qui a été écrit sur les guerres puniques

    L'histoire raconte donc un épisode des guerres puniques, la tentative par Rome de la  prise de Carthage qui fait appel à des mercenaires de toutes nationalités, il y  a des arabes, des gaulois... qui permettent de la sauver mais qui réclament leur dû, dû que Carthage dont les finances sont au plus mal refuse de payer d'où le retournement des  mercenaires qui assiègent de nouveau Carthage, retournant leur alliance. Et il y a Salaambo, princesse de Carthage , la fille du général carthaginois Hamilcar, également prêtresse de Tanit la Déesse de la Lune qui se fait voler le voile sacré de la Déesse par le chef des mercenaires tombé éperdument amoureux de la princesse. Elle va devoir aller le chercher pour sauver Carthage sur l'insistance des prêtres au prix de sa réputation.

    S'en suit un déchaînement de violences, de combats corps à corps, de famines, de trahison, de vengeances, d'exécutions, de tortures que Flaubert décrit avec forces minuties.

    On s'y croit, cela devrait dissuader de porter la guerre, d'écouter la vois des dieux mais on sait depuis que non, cela ne sert pas, la littérature est impuissante devant la folie des hommes.

    Salaambô était dans ma bibiothèque depuis un moment et j'ai fini par le lire , sans regret, c'est magnifiquement écrit et on comprend bien le souci qu'avait Flaubert de la recherche du style, du mot exact, c'est prodigieux de véracité.