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Histoire

  • Immigrés

    Samedi passé, nous sommes allés en famille aux confins de la Gironde, de la Dordogne et du Lot et Garonne pour être des anniversaires, dans une ferme familiale, élevage, polyculture, on y tue encore le cochon à la saison.

    C'est une ferme qui a été achetée dans les années soixante par la génération précédente, par celui qui n'était alors que fermier.

    Il était né en Bretagne, près de Carhaix.

    Et son fils m'a raconté cette histoire de migration, dans cette région du Lot et Garonne, migration de jeunes gens sans terre, sans avenir, amorcée dans les années vingt et qui a connu son apogée entre 1950 et 1969, en témoigne cet annuaire édité par le syndicat des agriculteurs migrants en provenance de métropole et d'Afrique du Nord, édité en 1960. Les agriculteurs y sont classés par département de provenance, il en est venu beaucoup de Bretagne mais aussi du Nord et de l'Est.

    Dans le cas de notre famille, la migration fut organisée par la JAC, la Jeunesse Agricole Chrétienne, le jeune homme est venu en train jusqu'à Tonneins, où il a été accueilli par un prêtre breton, puis il parcouru les derniers kms à pied avec son cheval et son paquetage pour rejoindre un parent déjà installé et qui avait repéré une exploitation à prendre en fermage dans les mois à venir.

    Il est resté, a pris souche, mais de temps à autre dans cette ferme on entend de la musique celte... Deux cultures cohabitent, c'est possible...

  • Les grandes plaines

    great plains.jpgIan Frazier est grand reporter au New Yorker. Depuis plus de trente ans il arpente les grandes plaines mythiques de l'ouest américain. Il n'a pas écrit un roman, comme il avait l'intention de le faire initialement, mais une sorte de somme sur ces grandes plaines, leur histoire, leur géographie, leur peuplement, les chercheurs d'or, la conquête de l'ouest, les indiens, leur mode de vie, Sitting bull, Crazy horse, mais on y croise aussi Bonny and Clide et Truman Capote, le général Custer... et les silos des missiles nucléaires. C'est très bien fait, on passe un peu du coq à l'âne comme au cours d'un voyage de longue haleine au hasard des rencontres, des motels...

    La traduction française vient de paraitre.

  • Things fall apart ou Tout s'effondre

    Cet été Barack Obama a effectué un voyage en Afrique et à cette occasion il a mentionné dans une entretien les livres qu'il a lus pour préparer ce voyage : https://www.facebook.com/barackobama/posts/10156007456406749

    37781.jpgC'est à cette occasion que j'ai découvert Chinua Achebe, un auteur nigerian qui a écrit "Things fall apart" dans les années cinquante. Un auteur méconnu par la francophonie qui n'en parle jamais, mobilisée qu'elle est sur les auteurs africains francophones. Et pourtant "Le Monde s'effondre" ou "Tout s'effondre" dans la dernière traduction est un livre formidable qui décrit avec talent le mode de vie d'une tribu au Nigeria avant l'arrivée des blancs. La vie villageoise, les dieux, les croyances, parfois d'une cruauté inouïe comme celle d'abandonner dans la forêt tous les jumeaux perçus comme des anomalies,  l'exil et le bannissement des fauteurs de troubles, les mariages forcés, la virilité exacerbée des hommes, mais aussi beaucoup d'amour, de solidarité. La seconde partie décrit l'arrivée des premiers missionnaires, la confrontation des croyances, la construction des premières églises, les premières conversions, les conflits au sein des familles, puis enfin la colonisation proprement dite dans la troisième partie avec l'instauration du pouvoir de Londres, et de sa justice, l'incompréhension des villageois les plus attachés à leurs traditions et l'adaptation des autres à la nouvelle donne. Rien n'est simple.

  • Un été avec Homère

    Le livre de Sylvain Tesson, Un été avec Homère, qui reprend ses chronique diffusées sur France Inter l'an dernier est un ravissement, un vrai plaisir de lecture. 

    J'ai lu l'Iliade et l'Odyssée en Pléiade il y a quelques années. Je me souviens d'une lecture un peu difficile de l'Iliade, beaucoup plus aisée de l'Odyssée. La lecture de l'ouvrage de Tesson, elle, est limpide. Après le résumé des deux ouvrages, Sylvain Tesson en fait le commentaire avec des allers et retour sur le pourquoi dans le contexte de l'époque et sur l'actualité d'Homère, aujourd'hui, après le christianisme, l'Islam, bref les monothéismes.

    La thèse de Tesson qui ne croit pas à l'au delà quel qu'il soit mais se contente du ravissement que lui procure le monde tel qu'il est est qu'Homère est actuel parce que rien n'a changé sous les cieux depuis que l'homme est sur terre. Il y a la guerre, irresistible, et l'homme qui balance éternellement entre chercher le repos, revenir chez lui, retrouver son foyer et puis courir l'aventure, découvrir l'inconnu.

    Et ce n'est pas Internet qui va changer cela!

  • Pastorale américaine

    Après la mort de Philip Roth, j'ai décidé de combler une lacune. J'avais lu en son temps La Tâche, et je crois bien que c'est tout et j'ai donc entrepris d'aborder La pastorale américaine, le début de la fameuse trilogie avec j'ai épousé un communiste et donc La tâche.

    J'avais lu La Tâche en français. J'ai lu American pastoral dans sa version originale sur une liseuse même si la Grande Librairie m'a convaincu que Josée Kamoun est une grande traductrice. De ce fait j'ai sans doute éprouvé quelques difficultés pour cette lecture toujours moins aisée lorsqu'on s'éloigne de la langue maternelle mais il faut bien essayer de progresser.

    Dans ce roman couronné de très nombreux prix Roth se complait à nous peindre l'envers du rêve américain. Le roman retrace la vie de Seymour Levov, ancien athlète, juif, entrepreneur, à la suite de son père, dans la ganterie, entrepreneur à succès, il a tout pour réussir une très belle villa sur un grand domaine, une épouse, d'origine irlandaise et non juive, ancienne lauréate d'une concours de beauté local et une fille Merry.

    Mais derrière cette façade de l'Amérique heureuse des année soixante, il y une faille, c'est Merry. Merry, qui bégaie, Merry qui se révolte, Merry qui devient avant même d'être majeure une terroriste, Merry qui pose une bombe pour protester contre la guerre du Viet-Nam, Merry à l'origine de la mort d'un honnête homme... Sa mère qui plonge dans la dépression, Merry qui disparait dans la clandestinité, et son père qui refuse de voir la vie en face pendant plusieurs années, qui la cherche et finira par la retrouver, sa femme entre temps aura refait son corps et sa vie, vendu la maison familiale... Je ne relève pas tout, le roman à bien des côtés Thriller, le scénario est quelque peu diabolique...

    Est ce que cela peint vraiment la société américaine des années soixante? J'ai un peu de mal à le croire, tous les malheurs de l'Amérique sont trop concentrés sur une seule famille. Trop c'est peut-être trop, mais je m'incline bien volontiers devant la critique...

  • Château Haut Brion

    Visite du Château Haut Brion avec Bordeaux Accueille Métropole. Une cinquantaine de personnes. Le domaine est situé en vile à Pessac, facilement accessible avec TBC liane 4 mais la plupart des visiteurs ont pris leur voiture, le combat sera long pour passer à des déplacements doux!

    Depuis l'avenue Jean Jaurès, on se rend à pied à l'accueil en longeant les vignes, c'est encore l'hiver, la taille a été faite, les pieds sont parfaitement alignés, une belle géométrie, à cette saison on voit bien la composition du sol : des cailloux, les graves, venus des Pyrénées au moment du surgissement au tertiaire et amenées là par l'érosion et les eaux de la Garonne et du Peugue.

    On fait deux groupes de visiteurs, le notre sous la conduite de Barbara, d'origine allemande, en face de Mulhouse et de Bâle, elle nous vante la ligne easyjet de Bordeaux à Bâle-Mulhouse, une excellente idée de Week-end.

    Le château dans le bordelais désigne le plus souvent un domaine plutôt qu'un bâtiment, mais ici il y un château ou plutôt une belle demeure, qui figure sur les étiquettes, du XV siècle, complété eu XVII puis au XX et même au XXIéme siècle. La demeure a été celle de la famille de Pontac pendant plusieurs siècles, jusqu'à la révolution. Reprise ensuite par la famille de Fumel, dont le chef sera guillotiné sous la terreur puis Talleyrand, La famille d'Amédée Larrieu et enfin depuis les années trente la famille Dillon, des américains dont l'un Clarence sera secrétaire d'Etat de Kennedy. il parait que dans les années trente, la ville deBordeaux aurait eu l'opportunité de reprendre le domaine mais qu'elle y aurait renoncé par manque d'intérêt financier.

    Maquette des propriétés, Haut-Brion et La mission, quelques mots sur le terroir, les cépages, le personnel, 90 personnes en tout, visite des cuivres, explication rapide de la vinification, d'un chai et dégustation d'une second vin, Clarence, de 2011 et remise d'une superbe brochure, très bien faire, de belles photos, un beau texte.

    On y découvre en particulier la technique des clones que j'ignorais : les viticulteurs ont observé qu'au sein d'un même cépage, certains pieds donnent beaucoup de raisins et d'autres peu et ce sont toujours les mêmes d'où l'idée de sélectionner certains pieds et d'exploiter leurs propriétés génétiques par bouturage pour les reproduire. Haut-Brion suit ainsi avec succès 546 individus, des clones, afin d'optimiser la production.

    Donc une visite très agréable, à effectuer si ce n'est pas encore fait, uniquement sur RV.http://www.haut-brion.com/mobile/index.php

  • Le traquet kurde

    Le point de départ de ce récit sur un mode journalistique de Jean Rolin est l'observation au printemps 2015 au sommet du Puy de Dome d'un traquet kurde, un petit oiseau genre passereau à queue rousse et masque noir (Œnanthe xanthoprymna) mais que l'on ne rencontre normalement que dans les régions kurdes. Un réfugié en quelque sorte.

    Et Jean Rolin, au hasard de ses recherches, nous fait découvrir le monde très spécifique des agents secrets ornithologues, des deux derniers siècles au Proche-Orient

    De vraies figures : L’officier des renseignements Richard Meinertzhagen, l’officier de liaison Lawrence d’Arabie, l’espion John Philby, le père de l'espion soviétique, ou l’écrivain Wilfred Thesiger, des personnages pas toujours recommandables en particulier le premier qui volait des collections d'oiseaux dans les musées ou s'attribuait des découvertes faites par d'autres...Jean rolin nous explique comment le recherche scientifique a permis de le démasquer. C'est étonnant.

    La seconde partie de l'ouvrage tient davantage lieu du récit de voyage puisque Jean Rolin raconte son expédition dans les régions kurdes,à la recherche du fameux traquet, en compagnie, d'un fixer kurde, l'occasion d'évoquer non plus le Proche-Orient des deux siècles derniers mais celui d'aujourd'hui, un Proche-Orient où les hommes, comme cet oiseau repéré au sommet du Puy de Dome sont contraints à l'exil à la suite de soulèvements, de révolution, de répression, sans fin...

  • Tableau d'une exécution

    Hier soir au TNBA de Bordeaux. Une belle pièce de Howard Barker qui date de 1985, d'inspiration shakespearienne, dans une mise en scène de Claudia Stavisky.

    Le spectacle montre les affres de la création, les rapports ambigus entre art et pouvoir, à travers l’histoire d’une femme peintre, Galactia, à laquelle la République de Venise a commandé un grand tableau sur la célèbre bataille navale de Lépante qui vit la victoire de la coalition catholique sur celle des ottomans le 7 octobre 1571, une des batailles navales les plus meurtrières, près de 30000 morts, 400 galères en action...

    Mais Galactia n’entend pas du tout faire l’œuvre à la gloire du pouvoir qu’espèrent le Doge de Venise, elle peint peu à peu, sous nos yeux, au fur et à mesure que défilent ses modèles, son amant, sa fille, le doge, ses conseillers, les matelots survivants de la bataille,  elle peint les corps mutilés,  les morts, le sang.…En revanche, Galactia n'évoque jamais l'héroïsme des soldats, l'intelligence de l'Amiral...bref la gloire de Venise. Sorcière Galactia?

    Belle réflexion, en dix sept tableaux, toujours actuelle, sur les rapports toujours difficiles entre le pouvoir et les artistes.

  • Au revoir là-haut

    Prix Goncourt 2013. Je ne l'avais pas lu. Et puis à l'occasion de la sortie de Couleurs de l'Incendie, la suite, j'ai entendu à la radio et vu Pierre Lemaitre à la télévision parler de ses ouvrages, il y a eu la sortie du film, que j'irai voir, c'est programmé fin février. Et donc je me suis plongé dans l'édition de poche. Avec délectation.

    C'est du vrai roman, le premier chapitre, qui raconte à la veille de l'armistice du 11 novembre 1918 l'ensevelissement d'Albert puis son sauvetage par Edouard, les deux poilus dont le destin va se trouver lié est époustouflant. Et tout le livre vous tient en haleine.

    Bien sûr l'histoire est peu crédible même si elle s'appuie pour partie sur des faits réels : la construction dans chaque commune, chaque arrondissement, de monuments aux morts, l'exhumation puis la création de cimetières militaires et donc la logistique nécessaire à mettre en ouvre, avec ses marchés publics, ses ententes, la corruption, le destin tragique des gueules cassés, la misère des démobilisés...

    C'est donc un roman fantastique, rocambolesque, féérique, aux personnages attachants même si ce sont des voyous qui nous mène de rebondissements en rebondissements pour nous décrire une fabuleuse escroquerie. Très agréable semaine en sa compagnie.

  • A splendid Exchange

    Oui, je sais, le commerce, la globalisation sont plutôt mal vus aujourd'hui. l'heure est à l'économie circulaire, au local, y compris pour les monnaies...

    Mais ce que montre cet ouvrage de William Bernstein, c'est que le commerce est inhérent à l'espèce humaine, de tout temps homo sapiens a cherché à se procurer ce qu'il n'avait pas, soit par le commerce soit en procédant à des razzias, et la différence entre les deux est parfois ténue.

    Bernstein embrasse toute l'histoire mondiale au travers du prisme du commerce. Il montre comment les mésopotamiens, riches en céréales, grâce au Tigre  et à  l'Euphrate, au delà de leurs besoins manquaient de pierres et de bois pour fabriquer des outils et des armes pour se défendre, et ont été conduit à échanger des céréales contre des pierres, du bois puis du cuivre...

    Dans l'antiquité, la Méditerranée a été le théâtre de vastes échanges de blé égyptien, de cuivre ibérique, de vin grec, mais au delà , on retrouve des pièces de monnaie romaine en Inde, Rome importait déjà du poivre et de la soir chinoise.

    Les arabes vont dominer le commerce dans l'océan indien et la route des épices jusqu'au grandes découvertes des portugais avec Vasco de Gama, un individu au demeurant peu recommandable. Mais Venise à cette époque assurait déjà sa prospérité avec le commerce d'esclaves importés de Crimée et du Caucase au bénéfice des arabes dont les ressources démographiques étaient trop faible au regard de leurs ambitions.

    Le commerce ne charrie pas que des bénéfices, il transmet aussi les maladies, en particulier, la peste noire qui dévasta le continent européen ou les maladies méconnues des populations amérindiennes avant la conquête espagnole.

    Bernstein insite sur l'importance du progrès technique, dans la maitrise des bateaux, la navigation ayant été de tout temps le principal vecteur des échanges et elle le reste aujourd'hui très loin devant le rail, l'avion ou la route. 

    Et qui dit, navigation, dit importance des détroits, ce sont les mêmes passages stratégiques qui prévalent depuis l'antiquité : Suez, Hormuz, Malacca, le Bosphore, les Dardanelles...

    Bernstein passe en revue l'émergence de Venise, Gênes, de l'Espagne, du Portugal, des Pays-Bas, qui inventent la société par actions, puis Londres, les Etats-Unis, le commerce des épices, de l'or, de la soie, du coton, du pétrole aujourd'hui.

    Bernstein met en évidence les allers et retours successifs entre ouverture et protectionnisme pour conclure que le protectionnisme n'a sans doute pas été un obstacle décisif à la croissance et au développement parce que d'autres facteurs plus puissants l'ont emporté mais il a tout de même et est un frein, il suffit de regarder le lien entre ouverture au commerce international et niveau de développement. 

    Et que l'on aime ou pas le commerce, force est de constater qu'aujourd'hui le commerce mondial représente 16000 milliards USD et que sa part du PIB mondial croit et se situe aujourd'hui à plus de 20 %.

    Alors c'est vrai, le commerce mondial et l'ouverture croissante des économies, si ils font des gagnants font aussi des perdants, il y a consensus pour dire que dans les pays développés ce sont les personnes peu qualifiées qui y perdent, d'où la nécessité d'oeuvrer en termes de formation et d'organiser les transferts de ressources nécessaires pour indemniser les perdants, sauf à mettre en péril la paix sociale, la stabilité de nos sociétés et in fine les gains des gagnants.

    Bref un ouvrage passionnant, facile à lire, plein d'anecdotes, de notations utiles, une abondante bibliographie et un index.