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Livre

  • L'infini dans un roseau

    Irène Vallejo a 42 ans, elle est espagnole, elle a étudié la philologie classique, est diplômée des universités de Saragosse et de Florence et, avec L'infini dans un roseau, elle a écrit un chef d'oeuvre d'érudition sur l'histoire du livre et de la lecture. Ce pourrait être ennuyeux, truffé de notes de bas de page, bref scientifique mais au contraire cela se lit comme un récit, un conte et le lecteur va d'émerveillements en émerveillements. 

    Il est long le chemin qui mène des premières tablettes d'argile aux livre électronique d'aujourd'hui, en passant par le papyrus, le parchemin, les rouleaux, les incunables. Avant les inscriptions sur la pierre, comme encore aujourd'hui sur les tombes, les arbres, pour les amoureux, les histoires étaient transmises oralement, l'écriture, le livre, ont permis de les fixer, mais combien d'histoires perdues, transformées au fil du temps.

    Le livre a t'il encore un avenir? Très certainement, il a survécu à toutes les révolutions technologiques, à toutes les tentatives d'autodafés, 

    Le livre a permis de doper l'espérance de vie des idées, des histoires, il n'est pas prêt de s'éteindre.

  • La panthère des neiges

    Deux ans que j'attendais sortie en poche! et aucune déception. Le livre est magnifique : éloge de la patience, de l'affût, de la vie, des bêtes. Sylvain Tesson nous remet à notre place au sein de la biodiversité. L'homme aura été depuis le néolithique, le plus fort au point d'éliminer progressivement tous les êtres vivants, au point qu'un jour il se supprimera lui-même. En attendant on peut encore vivre de belles aventures et sans aller dans le Tibet profond à 5000 m d'altitude par moins 25 degrés prendre le temps de se poser, de regarder autour de soi d'attendre et voir ce qui se passe et un jour, un moment, le merveilleux se produit.

  • Metz - Nancy - Mirecourt - Vittel

    A l'occasion d'une visite à des cousines issues de germaines que nous avions perdues de vues depuis des décennies, dans les Vosges, nous avons fait un excursion charmante à Nancy-Metz et Vittel.

    A Nancy, beaucoup de marche à pied pour explorer bien sur la place Stanislas, qui est effectivement comme sa réputation, magnifique, la place de la Carrière, l'Intendance mais aussi le deuxième jour, les quartiers art nouveau. Nancy est magnifique, de très beaux immeubles, de très belles villas, la ville est assez propre, il n'y a pas comme à Bordeaux de conteneurs qui encombrent toute la journée les trottoirs mais on sent une ville marquée par la crise, pas mal de commerces fermés et pas mal de mendicité au coin de la rue. Bien sûr on a dégusté les fameux macarons. La place de la gare récente n'est pas du tout dans la tendance actuelle, minérale, sans végétation, en plein soleil ce doit être insupportable. Heureusement, il y a l'Excelsior, une brasserie belle époque, juste à côté.

    Nous sommes allés à Metz en TER. Un dimanche. Tout le quartier de la gare a été construit par les allemands au début du XX siècle pendant l'annexion. La gare est très impressionnante, par ses dimensions, ses décorations qui évoquent les conquêtes de l'empire allemand, sa pierre de grès gris qui s'oppose à la couleur jaune du grès de La poste sa voisine. Cette gare était d'abord un outil de défense avancée pour acheminer les troupes allemandes en cas de tentative d'invasion française. 

    Trajet à pied pour admirer la cathédrale et les vitraux de Chagall. il y a de beaux reste d'une ville moyenâgeuse, une demi-place à Arcades. Des plaques commémorrent la libération de la ville en 1918 (Foch) puis en 1945 (Patton), la guerre reste omniprésente même si les passants n'y prêtent guerre attention. Chagall justement fait l'objet d'une belle exposition au Centre Pompidou. Le centre lui-même est assez élégant, sa toiture réussie sauf la flèche, ratée de mon point de vue. Là aussi la ville est très propre, et contrairement à d'autres villes le quartier de la gare n'est pas mal famé par des boutiques pornos et des marginaux.

    A Vittel, nous sommes tombés une semaine sans curistes, mais nous avons pu apprécier le confort d'un petit appartement aménagé dans l'ancien hôtel Continental et puis nous avons pu déambuler dans la Grande galerie du Parc Thermal qui n'a plus le prestige des année trente mais il était facile de l'imaginer parcourue par mon grand-père paternel qui y venait chaque année pour sa cure et ses affaires de relieur d'art.

    Au retour, visite du musée de la Lutherie de Mirecourt, l'occasion de se remémorer le roman de la japonaise Akira Mizuyabashi, Âme brisée, qui raconte une belle histoire qui associe la seconde guerre mondiale au Japon et la petite ville de Mirecourt patrie de Nicolas François Vuillaume.

     

  • Un été avec Rimbaud

    " Je vais acheter un cheval et m'en aller." Rimbaud est toujours en mouvement. Dans les Ardennes, à Paris, à Bruxelles, à Londres, avec Verlaine, à Harare, trafiquant d'armes. Sylvain Tesson décrit bien ces fulgurances, il est un peu atteint lui-même de la même pathologie, bouger, fuir le monde. Rimbaud lui le réinvente avec des mots, des fulgurances, des images et comme le souligne Tesson, au contraire de tous les exégètes qui tentent de les expliquer, il ne faut pas chercher à comprendre, simplement se laisser éblouir par cette magie du verbe, se laisser emporter. Rimbaud a brulé sa vie, il est allé trop vite, trop loin, le 4 octobre 1891, à 37 ans,  il écrit à sa soeur " J'irai sous la terre et toi tu marcheras dans le soleil". Il était trop tard pour le regretter.

  • Odes

    J'ai découvert David Van Reybrouck à l'occasion de la lecture de Congo paru en 2012, prix médicis étranger. J'avais forgé l'image d'un historien méticuleux tant son ouvrage était précis, assis sur des documents historiques,  mais aussi des enquêtes de terrain sur l'ensemble du territoire de la RDC pour en faire ressortir l'histoire tragique de ce pays continent depuis sa colonisation par Léopold, roi des belges à la fin du XIX siècle.

    J'ai redécouvert David Van Reybrouck à La Grande Librairie ou il présentait son ouvrage Odes, un recueil de chroniques écrites entre 2015 et 2018, le plus souvent lors de déplacements,  et publiées en flamand ou plutôt en néerlandais sur la plateforme journalistique De Correspondant. et j'ai lu ces odes à raison d'une chaque soir au coucher. Il y en a un peu plus de cinquante ce qui m'a permis de côtoyer David Van Reybrouck pendant près de deux mois.

    En fait c'est un écrivain, et un homme de théâtre, très éclectique, épris de la liberté la plus totale, engagé, ouvert à toutes les expériences de vie. Ses chroniques abordent tous les sujets contemporains, le première est une ode à l'ex, la dernière une ode à la vie mais sont abordés aussi la littérature, la musique, le suicide, la danse, l'autostop, le portable, la tapisserie de Bayeux, la vieillesse...

     C'est décapant et résistant à l'époque. Toutes sont introduites par un dessin, parfois par la reproduction d'une oeuvre et quand il s'agit de musique ou de danse on peut se reporter à son iPhone pour illustrer le propos.

    Un mot encore, David Van Reybrouck est  un partisan du recours au tirage au sort pour revivifier la démocratie, il s'en est expliqué dans son ouvrage Contre les élections paru en 1994. Je suis assez réservé la-dessus.

  • Nostromo

    Roman paru en 1904. Attention, il faut une participation active du lecteur pour l'apprécier, il y a en effet une quarantaine de personnages dans ce labyrinthe d'écriture de 500 pages avec des narrateurs différents, des retours en arrière, des digressions de toutes sortes mais au final on a un grand roman politique, philosophique, d'aventures, d'amour...

    Conrad créé ici un pays imaginaire le Costaguana, situé en Amérique du sud ou centrale, peu importe. L'intrigue se situe dans la partie ouest du pays, à l'abri des montagnes dans la ville de de Sulaco. Sa prospérité est issue de l'exploitation d'une mine d'argent, la mine de San Tomé, propriété de Charles Gould, un aristocrate anglais, sous la protection d'un chef d'Etat modéré si ce n'est démocrate, Ribiera. Le choses se gâtent lorsque l'opposition menée par un dictateur sanguinaire et son frère, les Montero, s'empare du pouvoir et décide de mettre la main sur la mine. Les notables de Sulaco et  Charles Gould au premier chef décident alors de confier à Nostromo un marin génois devenu responsable des dockers de mettre à l'abri une cargaison de lingots d'argent et de rallier à leur cause un général stationné pas trop loin, Barrios,  et de proclamer l'indépendance de Sulaco.

    Voilà pour la trame principale mais la richesse du roman réside dans la complexité fouillée de chacun des 40 personnages, dans leurs hésitations à agir, dans leurs relations les uns aux autres, leur détresse psychologique, leur stratégie, pour, on le verra, un résultat dramatique, aucun des héros de ce roman ne parvient en effet à ses fins qu'il s'agisse de progrès, d'amour, d'amitié, de fierté, bref de destin. Un roman pessimiste donc, noir mais brillant.

  • Le Mépris

    Tu les aimes mes fesses? et mes seins?

    Qui n'a pas vu cette scène mythique au cinéma?

    Mais qui se souvient qu'il s'agit d'un film de Jean-Luc Godard et qu'il est l'adaptation d'un roman du même nom publié par Alberto Moravia en 1954?

    Dans ce petit livre Riccardo, un jeune homme, qui aspire à devenir écrivain, auteur de pièces de théâtre, fraichement marié à Emilia, dactylographe, belle jeune femme,  fait le récit de l'échec de son mariage un peu plus de deux années après sa célébration.

    Pour satisfaire le désir d'Emilia, Riccardo accepte de travailler à des scénarios de film, ce qu'il déteste, pour gagner l'argent nécessaire à la location d'un assez bel .appartement.

    Il est amené à rencontrer un producteur Battista un peu macho qui lui propose de lui faire écrire en opération avec un metteur en scène allemand, Rheingold, l'Odyssée d'Homère.

    Riccardo hésite d'autant que depuis quelque mois sa relation avec sa femme après deux années de bonheur intense se disloque, Emilia devient indifférente, s'isole, se refuse à lui, jusqu'à lui expliquer qu'elle le méprise sans lui en donner la raison.

    Riccardo accepte alors de faire ce scénario de l'Odyssée pour tenter de reconquérir Emilia. Les quatre personnages se retrouvent à Capri, dans la villa du producteur, pour y travailler. Mais aucun d'entre eux n'a la même lecture de l'Odyssée. Battista veut en faire un genre de péplum avec des hommes tout en muscles et de filles évanescentes, Rheingold tout imbu d'une lecture psychanalytique de l'oeuvre d'Homère veut en faire un film psychologique qui montrerait qu'Ulysse était parti faire la guerre de Troie parce qu'il n'aimait plus sa femme et que s'il tarde  tant à revenir c'est que ce retour toujours différé fait bien son affaire, et Riccardo veut tout simplement en faire une adaptation qui respecte le projet d'Homère et qui donne aux dieux grecs tout le rôle qui est le leur dans cette narration.

    Les relations s'enveniment entre les quatre personnages, Emilia qui n'est pas de bois a peut être une aventure avec Battista, Elle veut partir, Riccardo renonce à faire le scénario et refuse de voir partir Emilia, il est désespéré, elle s'en va, et tout finit mal.

     

     

  • Miroir de nos peines

    C'est la suite de Au revoir là-haut et de Couleurs de l'incendie. la fin d'une trilogie mais il y en aura peut-etre d'autres. je l'ai lu un peu par fidélité au souvenir des deux premiers tomes. Le premier était merveilleux, l'histoire d'une gueule cassée, le second de bonne tenue, autour de l'incendie du Bazar d la charité.

    Celui-ci tient en haleine. L'action se déroule à la fin de la drôle de guerre, on est au début du roman sur la ligne Maginot avec deux soldats français qui vont vivre la débâcle, puis l'exode au milieu de dizaines de milliers de parisiens, être accusés de trahison de pillage, faits prisonniers, par une armée française ou ce qu'il en reste, perdue entre les ordres et les contre-ordres, la ravitaillements qui n'arrivent pas. Et parmi ces réfugiés, il y a Louise, une institutrice, à la recherche de ses origines, partie avec Jules le patron du bistrot ou elle se fait des compléments de revenus, tout ce qu'il y a de plus honnêtes. Et il y le délicieux Désiré, un opportuniste, un usurpateur, qui fait le bien autour de lui, tour à tour, avocat, porte parole du quai d'Orsay, prêtre, 

    C'est très bien écrit, haletant, on ne s'ennuie pas un instant, et on se voit conforté dans l'idée bien établie mais à raison sans doute que dans de telles circonstances, les hommes et les femmes se révèlent, les héros, les veules, les traitres, les sans scrupules, les saints...

  • Le malheur d'avoir de l'esprit

    Malheur à celui qui a raison contre tous, Malheur à l'anticonformiste!

    Dans cette pièce en vers d'Alexandre Griboîedov (1794-1829), Tchasky, qui n'est autre que le double autobiographique de l'auteur, revient à Moscou après trois années passées à l'étranger dans de lointaines provinces. Il n'est pas attendu et il retrouve la jeune femme dont il était épris avant de partir, Sophie, dont le père est l'archétype de la vieille noblesse russe, une noblesse carriériste, corrompue, veule, amorale.

    Le père de Sophie, Famoussov,  ne compte pas du tout favoriser les projets de Tchasky, son secrétaire particulier a sa préférence et Sophie se prête à cette stratégie sans se rendre compte que l'intéressé lui préfére la soubrette, Lise.

    Tchasky dans cette société mondaine où tout le monde se regarde,  se rend des services, essaie de dépasser d'un cheveu le statut de son voisin, recommande ses proches, se targue, lui, de dire la vérité, de dénoncer la veulerie, les comploteurs, les décembristes qui font des révolutions de salon  mais pour qui ce n'est jamais le moment de passer à l'action.

    Cette pièce fut interdite bien entendu, trop corrosive et son auteur n'en vit pas la mise en scène officielle de son vivant.

    En effet Alexandre Griboîedov, lui-même issu d'une noblesse peu argentée mais qui "comptait ses aieux" vécut une jeunesse assez tapageuse, s'engagea dans l'armée, pour servir puis démissionna pour occuper grâce à des protections, une sinécure comme traducteur aux Affaires étrangères. il fréquenta le salons littéraire, sans pour autant être dupe de cette vie pleine de vanités.

    A la suite d'un duel qui tourna mal, il s'engagea dans la carrière diplomatique en Perse. Puis le complot des décembristes dont il ne faisait pas partie mais dont il connaissait plusieurs membres  le conduisit à être incarcéré un moment avant d'être blanchi. Il retourna en Perse pour négocier la rapatriement de prisonniers russes et trouva la mort à Téhéran à la suite d'une émeute à l'Ambassade de Russie au cours de laquelle une foule vengeresse massacra tous les russes présents. Il avait 36 ans

  • Ohio

    Fresque terrifiante des Etats-Unis du début de ce siècle. Cela se passe dans l'Ohio, on l'aura deviné et les portraits entrecroisés de quatre trentenaire qui ont été au lycée ensemble dans la petite ville de New Cannaan sont terrifiant en ce qu'ils décrivent les ravages causés par la désindustrialisation qu'a connue la Rust Belt, la ceinture rouillée, les guerres en Irak et en Afghanistan, et puis la drogue, l'alcool, la sexualité débridée, les viols.

    Il y a Bill Ashcraft, un ancien activiste humanitaire qui est devenu toxicomane et qui ne sait plus où il est mais qui doit trouver le fric nécessaire à ses addictions, Stacey Moore, lesbienne assumée, qui a perdu sa petite amie disparue on ne sait où et qui règle ses comptes avec son frère évangéliste, Dan Eaton, vétéran d'Irak qui vit avec ses fantômes, ses camarades disparus et qui peine à retrouver son amour de jeunesse avec son oeil en verre et Tina Ross, bien déterminée à se venger du viol collectif dont elle a été victime lorsqu'elle était au lycée. 

    C'est violent, cru, à vous faire désespérer de l'Amérique, c'est peut être aussi notre avenir.