02.10.2009
Vers toi terre promise
Comment vivre après la shoah? C'est le sujet traité par Jean-Claude Grunberg dans cette magnifique pièce sous-titrée tragédie dentaire, donnée en reprise au théatre Marigny. Quatre acteurs, Philippe Fretun, Antoine Matthieu, Clotilde Mollet et Christine Murillo, superbes de talents qui interprétent sept personnages et comme dans les tragédies le choeur antique.
Le couple Spodeck, Charles, dentiste, et son épouse Clara, sort de la guerre anéanti, le cabinet dentaire a été racheté à bas prix, usurpé, par de bons français, leurs deux filles ont disparu, l'une gazée à Auschwitz, la seconde dans un couvent de carmélites, qui bien qu'elle soit mineure, l'a convaincue de faire ses voeux...
Charles sous un humour féroce est enfermé dans sa douleur, sans espérance puisqu'athée mais respecteux des traditions, Clara, pleine de vie, tournée vers l'avenir, est davantage prête au compromis. Christine Murillo est absolument formidable!
C'est donc une pièce sur la douleur, la douleur lancinante, sans fin, inexprimable, qui conduit au retrait, au silence, à la révolte, vers Israël, la terre promise, pour un nouveau départ...
08:27 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grunberg, marigny, shoah
01.04.2009
Baby doll
Cette pièce de Tennessee Williams est jouée en ce moment et jusque fin juin 2009 au théatre de l'Atelier à Paris, près du métro Anvers.
Le théatre est agréable, même au deuxième balcon, on est assez près de la scène.

Les trois acteurs principaux, qui jouent les rôles de baby doll, femme enfant qui va s'affirmer comme femme en deux heures de temps, son mari, gros et vieux blanc raciste, qui va tout perdre en moins de deux heures et le "rital", le nouveau venu dans le pays, qui va rompre les équilibres d'hier, éveiller les sens de baby doll et apporter la justice, sont excellents.
Cela se passe dans le sud américain, c'est un fait divers banal a priori, les seules leçons étant peut-être que les caractères s'affirment, les personnalités se dévoilent dans les épreuves et que l'immigration est porteuse de changements positifs...C'est déjà beaucoup!
Une excellente soirée.
18:46 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tennesse williams, baby doll, théatre de l'atelier
04.03.2009
Albert Herring
La dernière fois que j'étais allé à l'opéra comique, c'était sans doute à l'époque ou Jérome Savary en était le médiatique directeur, c'est aujourd'hui un autre Jérôme, Deschamps, celui des Deschiens qui le dirige, beaucoup plus discrètement pour l'heure.
J'ai retrouvé avec plaisir la petite place Boieldieu, la rue Favart et la rue Marivaux, juste à côté de la rue des Italiens qui pour moi reste celle du Crédit Lyonnais et du Monde.
J'y suis allé pour revoir Laurence Equilbey que j'avais découvert au Festival de La Chaise-Dieu avec son ensemble Accentus. Elle dirigeait cette fois l'orchestre de l'opéra de Rouen-haute Normandie, une petite formation, dans une oeuvre de Benjamin Britten d'après une nouvelle de Maupassant : "Albert Herring".
Eric Crozier qui a écrit le livret d'Albert Herring a transposé "Le rosier de Mme Husson" dans le Suffolk. Albert Herring, jeune épicier un peu simplet, étouffé par une mère protectrice à l'excès, est élu roi de vertu de son village par les élites du cru, à défaut de jeunes filles disponibles, toutes trop dévergondées. Un couple d'amoureux moins coincés va lui offrir une nuit d'ivresse à la suite de laquelle il enverra tout promener...

La mise en scène par Richard Brunel de cette dénonciation d'une société où la surveillance règne en maitre nous éloigne sans doute de la nouvelle originale mais elle est très bien servie par des chanteurs tout aussi formidables les uns que les autres très en verve, au jeu toujours juste et un orchestre parfait.
19:36 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : benjamin britten, maupassant, laurence equilbey, opéra comique
23.01.2009
Piccoli/Minetti
Au théatre de la Colline, près de la place Gambetta, à Paris, Michel Piccoli joue le rôle de l'acteur allemand Bernhard Minetti (1905-1998) dans une pièce écrite pas Thomas Bernhard, en l'honneur de l'acteur originaire de Lübeck en 1977.
On se trouve à Ostende, en Belgique, là où l'on respire l'air de l'Angleterre, sans y être, un endroit idéal pour un acteur continental, qui n'a aucune chance de réussir à jouer Shakespeare en Angleterre!
C'est le 31 décembre et Minetti/Piccoli arrive dans un hôtel où il dit avoir rendez vous avec le directeur du Théatre local pour y jouer Lear. Il a une grosse valise dans laquelle il transporte tout son capital, des coupures de presse de son glorieux passé d'acteur et surtout, affirme t'il, un masque de Lear que lui a confectionné James Ensor, le peintre, né à
Ostende (1860-1949).
La pièce est un long monologue, dont on se demande comment diable Piccoli fait pour le retenir tant il y a d'opportunités de se tromper, dans la répétition de ces obsessions qui tournent autour de la condition de l'artiste : Shakespeare, Lear, Ensor, Lubeck, Ostende, Liège, Angleterre, littérature académique. Piccoli s'adresse, mais l'écoute t'elle, à une dame dans la force de l'age, qui, en cette Saint Sylvestre, tente d'oublier sa solitude, une bouteille de champagne à la main et un masque de singe sur la tête, puis à une jeune femme encore plein d'espoir, amoureuse, qui n'a pas encore été déçue par la vie, qui écoute le vieil acteur d'une oreille distraite par la musique de son transistor, mais qui ne connait pas Lear...
Le sous titre de la pièce est portrait de l'artiste en vieil homme, la viellesse est un naufrage, Piccoli, à 85 ans bientôt, est le contraire de Minetti, il est dans le monde d'aujourd'hui, actif, présent, impliqué. Il nous attendrit avec ce portrait d'un homme désabusé, un peu minable, détaché du monde, mais attachant, un vieux Godot qui attend depuis trente ans d'être appelé de nouveau sur une scène de théatre, ou qui veut le croire, et qui reste un artiste!
Photo Michel Piccoli de Richard Schroeder
19:33 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ensor, piccoli, minetti, thomas bernhard
19.12.2008
La seconde surprise de l'amour
Cela se passe au théatre des bouffes du nord jusqu'à demain, samedi soir 20 décembre, et c'est tout simplement formidable. Le théatre, tout prêt des acteurs, dont la diction est excellente, pleins de vie, l'amour donne des ailes, on le voit bien dans cette pièce.
Marivaux avait déjà écrit Le triomphe de l'amour et avec La seconde surprise de l'amour on a une version davantage centrée sur le personne de la marquise, veuve éplorée qui va rencontrer l'amitié et/ou l'amour d'un chevalier, lui aussi non consolable de la perte de sa belle. Comme le dit Luc Bondy, metteur en scène, l'interêt de cette pièce est qu'elle pourrait s'arrêter avant la fin il n'y aurait rien dire, tous les dénouements sont possibles.
La mise en scène est simple avec deux petites maisons, deux petits abris côtiers qui s'éloignent et se rapprochent au gré de l'évolution des sentiments.
Tous les acteurs sont formidables, Marie Vialle pétillante et foldingue, Audrey Bonnet en Lisette et Micha Lescot en chevalier desarticulé et désespéré. J'ai trouvé le Comte et le philosophe moins convaincants car ils n'apparaissent pas vraiment comme des alternatives crédibles au Chevalier.
Mais l'amour est aveugle!
16:00 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bondy, bouffes du nord, marivaux, seconde surprise de l'amour
16.12.2008
Coriolan
Coriolan de William Shakespeare est joué au théatre des Amandiers à Nanterre. Le spectateur doit être motivé : RER pertubé et à Nanterre préfecture, trouver la navette qui conduit au théatre reste malgré les années qui passent une aventure, surtout dans le froid glacial de la semaine dernière...
A la sortie vers minuit, on est ravi! la navette est là et le spectacle a été à la hauteur des attentes.
Avec Shakespeare, comme d'habiture, on est plongé dans les grands questions politiques, questions qui traversent le temps. L'action se situe dans la Rome républicaine d'il y a 2500 ans et est jouée en costume élisabethains de l'Angleterre du XVII éme siècle, on aurait pu prendre les costumes contemporains les problèmes sont les mêmes.
Opposition riches pauvres, patriciens plébéiens, démocratie, démagogie, oligarchie militaire, monarchie, tyrannie, machiavélisme, chaque classe travaillée par ses contradictions, tout y passe. Ascension, décadence, unité nationale, tous aux frontières, patriotisme national et famililal...chacun trouvera matière à reflexion dans ces presque 4 heures de théatre d'une pièce peu souvent jouée.
Quelques regrets dans le mise en scène de Christian Schiaretti : beaucoup trop d'acteurs courent tout le temps notamment pour simuler les batailles à grandes envolées de drapeux rouges, la marre d'eau qui occupe le milieu de la scène est inutile, c'est peut être elle qui a conduit Wladimir Yordanoff-Coriolan à se blesser le 2 décembre, ce qui l'oblige à jouer avec des béquilles, le chef des Volsques est le plus souvent incompréhensible et la mère de Coriolan (Hélène Vincent) est plus hystérique que machiavélique, mais elle est possessive ce qui est essentiel pour les tenants de la psychanalyse.

Coriolan vaincu par sa femme et sa mère de Nicolas Poussin
En revanche Roland Bertin est impérial dans le rôle de Ménénius, sénateur prêt à tous les compromis et revirements, il illustre bien les affres de la démocratie face aux périls intérieurs et extérieurs qui la menace constamment. La mise en scène de façon générale ne prend pas parti entre le surhomme qu'est Coriolan, avec toute l'arrogance et le mépris dans lequel il tient le peuple, et la démocratie, représentée par les tribuns rapidement assoupis dans les ors du pouvoir qui donnent aux romains la paix et le confort mais la laissent à la merci des barbares...
A ne pas manquer!
17:21 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coriolan, théatre des amandiers
04.12.2008
L'homme d'hier
Dans la Salle du haut du théatre de la Bastille, un seul acteur, qui va rester assis derrière un petit bureau pendant un peu plus d'une heure devant un grand écran où vont défiler des images de Beyrouth, des plans, des photos...
Pari réussi de Tiago Rodrigues, acteur et dramaturge portugais qui à l'occasion d'un voyage à Beyrouth a rencontré Rabih Mroué, acteur libanais que l'on peut voir sur les écrans aux côtés de Catherine Deneuve dans "je veux voir" et Tony Chacar, architecte, libanais lui aussi.Tiago Rodrigues nous raconte une fable, celle de son voyage à Beyrouth où il va chercher à l'aide d'un
vieux plan son chemin. Il ne va pas le trouver mais va rencontrer d'autres Tiago, ses doubles d'une autre époque, d'un autre Beyrouth. Dédoublements multiples des identités, sédimentations successives de la ville sur elle-même, sédimentations de nos identités elles-mêmes...
Dans chaque ville, il y a une autre ville, dans chaque individu un autre individu ; au fil du temps le narrateur confronté à toutes ses identités, à tous ces visages de la ville, ne sait plus trop qui il est. Alors, il cherche la mer, sans la trouver.
La mer, une promesse de départ! le départ, une solution pour se retrouver soi-même, ce que font de nombreux libanais!
17:42 Publié dans Liban, Théatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, tiago rodrigues, rabi mroué, tony chakar
29.10.2008
Incendies de Wajdi Mouawad
Incendie est une pièce de théatre de Wajdi Mouawad, né en 1968 au Liban, installé au Québec. après quelques années passées à Paris. La pièce a été créé en 2003, elle est mise en scène par Stanislas Nordey au Théatre de la Colline à Paris jusqu'au 2 novembre.
Il faut s'y précipiter! A défaut lire la pièce publiée par Actes sud papiers : www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742743735
C'est une pièce globale, on passe du Québec au Liban, du sud aux camps de réfugiés, à la prison de Kfar Rayat, on parcourt 50 ans de l'histoire de Nawal Mouawad (la pièce est dédiée à Nayla Mouawad) dont le destin est lié son enfermement familial, à la guerre civile, à ses tentatives de libération, destin tragique, comme celui de toutes ses femmes du Liban, de Somalie, du Rwanda, du Kivu en RDC. happées par les guerres...L'histoire de ses enfants Jeanne et Simon, à la recherche d'un père et d'un frère inconnus et qui découvriront l'indicible.
Le Liban est une tragédie grecque, une tragédie qui traverse les siècles, une tragédie qui se renouvelle ici est là parce que les hommes n'aprennent pas des erreurs de leurs ancêtres ou pas assez, ou ils oublient de façon récurrente...
La pièce est magnifiquement jouée avec des acteurs tous formidables, les personnages contemporains en blanc, les personnages du passé en noir, sur un plateau nu avec une mention particulière pour les 3 actrices qui jouent Nawal à 20 ans à 40 ans et à 60 ans et pour le Notaire.
Et puis on y apprend que un et un ne font pas toujours deux, je vous laisse découvrir, voir ou lire...
19:35 Publié dans Liban, Théatre | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wajdi mouawad, stanislas nordey






