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Liban

  • Des vies possibles

    Charif Majdalani, on le lit depuis notre séjour au Liban et son premier ouvrage Histoire de la Grande maison, puis Caravansérail et bien d'autres. Il est attachant.

    Avec cet ouvrage, qu'il nous a présenté ce printemps au café du TNBA à l'occasion de l'Escale du Livre, il élargit l'horizon et change de style et d'époque. Son héros, extrait très jeune au XVII siècle de la Montagne libanaise pour aller faire ses études à Rome et nourrir ultérieurement la papauté de la culture maronite, traduire les écrits des premiers chrétiens du syriaque en latin, va s'émanciper et découvrir l'humanisme. 

    Il sera marchand, contrebandier, navigateur, diplomate. il va rencontrer toute l'intelligentsia de l'époque, Rembrandt, Corneille, Barberini, se battre en duel..., découvrir le ciel et les planètes, à l'instar de Galilée, voyager en Afrique du Nord, à Ispahan, Amsterdam, Paris... écrire un livre que l'église pourrait condamner...

    Chaque épisode, donne lieu à une petite miniature de deux ou trois pages. C'est charmant, haletant, mais de ce fait, les personnages manquent peut être un peu d'épaisseur à force d'enchaîner les rencontres et les évènements.

     

  • CRAC

    Jean Rolin met cette fois ses pas dans ceux de Lawrence d'Arabie, jeune, lors de son premier voyage au début du XX siècle dans ce qui deviendra le Liban et la Syrie. Lawrence fait une thèse sur les châteaux construits par les francs pendant les croisades. Sa thèse : The Influence of the Crusades on European Military Architecture - To the End of the 12th Century. Il tient à cette occasion un journal qui sert de guide à Jean Rolin.

    L'occasion de parcourir cette région de château en château, en ruines, le plus célèbre est le Krach des chevaliers, et de noter les évolutions en un siècle de ces territoires marqués depuis par les conflits, les guerres civiles, les mouvements de réfugiés.

    Jean Rolin aime aborder les choses par les côtés, la périphérie, retrouver des traces, s'intéresser aux détails et... aux oiseaux. C'est fantasque. il est souvent accompagnés par des militaires, des agents des services secrets, qui se demandent bien ce qui peut l'intéresser. On se laisse prendre au jeu. C'est très agréable à lire.

  • Tous des oiseaux

    J'avais beaucoup aimé il y a quelques années Littoral, Incendies et Forêts, de Wajdi Mouawad, auteur libano-canadien qui raconte des histoires au théâtre de façon formidable.

    Ici, au TNBA de Bordeaux,  le spectacle est sur- titré parce que en Allemand, en anglais, en yiddish, en hébreu en arabe, c'est fabuleux. De quoi s'agit t'il? d'une histoire abracadabrante que seulMoawad peut inventer, un jeune chercheur allemand en génétique, dont les parents sont juifs et le grand-père, rescapé des camps, israélien, est amoureux d'une américaine, d'origine arabe, qui fait une thèse sur Léon Africain, un musulman qui se serait converti au catholicisme, puis l'aurait secrètement renié, du moins si j'ai bien compris, bref une thèse sur la conversion.

    Le jeune chercheur qui s'aperçoit que son père n'est pas le fils de son grand-père part à la recherche de sa grand-mère qui vit toujours en Israël pour avoir une explication, il y a va avec sa belle, qui va c'est le plus surprenant dans la pièce découvrir son identité arabe après avoir franchi le Jourdain en direction de la Jordanie, sur le pont Allenby...

    Je passe sur les détails, les révélations successives qui permettent de comprendre un imbroglio improbable avec des personnages un peu trop stéréotypés, la grand-mère juive, à la fois cynique et passionnée, le père anti-palestinien, la mère psychiatre un peu raide, le grand-père revenu de tout et en arrière plan , le conflit isarélo- palestinien, les attentats à la bombe, les massacres de Sabra et Chatila

    C'est didactique, captivant, pendant quatre heures, les acteurs sont épatants et c'est en tournée en France jusqu'en septembre.

     

  • Ecoutez nos défaites

    Et nos défaites, ce n'est pas ce qui manque en ce moment : Brexit, Trump, réfugiés, Europe...

    Qu'est ce qui compte finalement. La réponse de Laurent Gaudé s'articule autour de l'humanisme et de la beauté, de l'art.

    L'intrigue du roman repose sur la rencontre entre un agent des services secrets français chargé  d'évaluer ce qu'est devenu un ancien militaire des forces spéciales américaines, un ancien du commando qui a "neutralisé" comme on dit Ben Laden et qui depuis s'est évanoui dans la nature ou plutôt dans la banlieue sud de Beyrouth, les quartiers chiites du Hezbollah!

    En arrière plan du déroulement de cette mission qui va nous mener à Tripoli, Addis-Abebba, Beyrouth, au Caire à Erbil, mais aussi à Paris, Vienne, Genève, Laurent Gaudé nous conte les conquêtes vaines de Hannibal, Haïlé Selassié, du Général Grant.

    De victoires en défaites donc, de boucheries en boucheries, des milliers de morts dans des batailles sans véritables issues.

    Même les victoires sont des défaites.

    Mieux vaut se concentrer sur le beau, ou sur la mémoire du beau : cf. Palmyre

     

     

  • Soeurs

    Spectacle intime sur la solidarité des femmes. Une seule actrice pour deux rôles. Annick Bergeron est la "soeur" de Théatre de Wajdi Mouawad, elle jouait le rôle de Nawal, inoubliable dans Incendies , pièce qui a été adaptée au cinéma. Elle joue ici le rôle de Geneviève Bergeron, une avocate brillante spécialiste de la résolution des conflits internationaux, une avocate qui va craquer dans sa suite 2121 d'un grand palace de Montréal.

    Elle Joue aussi le rôle de Nayla, la soeur ainée de Wajdi Mouawad, qui est ici fille d'exilé Libanais qui a toujours vécu pour son père, s'est sacrifiée, sans reconnaissance, et qui experte en assurance vient constater les dégâts commis dans sa chambre par Geneviève...

    Au Théatre National de Bordeaux Aquitaine jusqu'au 12 mars.

    Geneviève Bergeron a saccagé sa chambre, disparu dans son lit, s'est retiré du monde et Nayla la reconnait, l'encourage...d'origines différentes, les deux femmes se trouvent des points commun, un même destin, se révèlent solidaires, c'est cela sans doute la sororité.

    C'est moins fort qu'Incendies mais c'est juste, on attend la suite  de ce cycle avec Frères, Père et Mère, une composition familiale en devenir.

    A voir au théâtre de Bordeaux aquitaine jusqu'au 12 mars puis en tournée : http://www.wajdimouawad.fr/rendez-vous/calendrier/spectacle/Soeurs

  • Patchwork

    J'ai du retard, beaucoup de retard, j'écris moins. Alors en vrac récemment :

    Simon Boccanegra, un opéra de Verdi trop méconnu à l'opéra de Bordeaux. Un orchestre magnifique sous la baguette de Paul Daniel et de chanteurs pour beaucoup d'entre eux qui ont remplacé les titulaires prévus mais s'en sont très bien sortis. De belles voix d'homme, basses et baryton. Une mise en scène sobre de Catherine Marnas, une fois n'est pas coutume, des rideaux de tulle, un mélange de costumes d'époque et contemporains, une belle réussite et une réflexion opportune sur l'exercice du pouvoir.

    La Vida es Sueno, (la vie est un songe) une pièce de Calderon de la Barca créée en 1635, la plus célèbre du théâtre espagnol dans une belle mise en scène d'Helena Pimenta, qui dirige une sorte de comédie française dédiée au siècle d'or espagnol, en espagnol surtitré en français. Des acteurs magnifiques, des costumes somptueux... La réalité est-elle une fiction ou les songes sont-ils la réalité? Sigismond, le fils du roi de Pologne a été enfermé par son père à sa naissance concomitante de la mort de sa mère dans un cachot, confiné à l'isolement, parce que les astres étaient de mauvaise augure. Arrivé à l'âge adulte, Le roi fait l'expérience de l'endormir et de le faire réveiller sur le trône pour voir quel est son comportement. S'il est un bon prince il lui succédera, autrement, il retournera dans son cachot. Sigismond se réveille et se demande s'il rêve ou s'il a rêvé jusque là...

    L'amant sans domicile fixe : un roman d'amour dans le milieux des marchands d'art qui se passe à Venise de Carlo Fruttero et Franco Lucentini. Au là du roman d'amour, il y a une intrigue car petit à petit cet amant sans domicile fixe apparait de plus en plus mystérieux, il est polyglotte, d'une immense culture, semble avoir vécu à toutes les époques...

    Au cinéma, j'ai beaucoup aimé Les délices de Tokyo, un film très délicat sur l'exclusion et les cerisiers japonais, une petite merveille qui donne une envie irrésistible de déguster des drayais, des pancakes fourrés aux haricots rouges confits. Fatima est agréable mais sans plus j'ai été un peu déçu. En revanche, au delà des montagnes, un film chinois de Jia Zhang-ke est absolument superbe. le cinéaste y retrace pas moins que le changement de civilisation qui s'opère en chine entre la fin XX siècle et 2025 en trois volets, volets qui retracent le destin de trois personnes, un fille et deux garçons. Les deux garçons sont bien sûr amoureux de la fille, l'un est mineur de charbon et le second propriétaire de la mine. La fille aime le premier mais choisit le second c'est plus sûr. Le premier aura un cancer, le second va s'enrichir, divorcer, s'exiler à Singapour avec le fils qu'il a eu au début de son mariage, un fils qui parle anglais et que son père ne comprend pas et une mère qui aura le sentiment d'avoir gâché sa vie... Le tout sur fond de misère et de corruption.

    En Syrie est un petit livre de Joseph Kessel dont la nouvelle publication sort à propos. C'est un reportage écrit en 1926, Joseph Kessel n'a que 28 ans. Il est fasciné par la guerre, les aviateurs, il a l'occasion d'accompagner ces hommes-oiseaux et de participer au bombardement de Soueida. il admire les jeunes chefs des meneurs d'homme sans lesquels le mandat français sur la Syrie serait voué à l'échec. Il y a 27 communautés religieuses en Syrie, des "musulmans soumis, des chrétiens riches et des druzes guerriers". Il y a laussi a sarabande des commissaires qui n'en finissenet pas de se succéder. Déjà Kessel se demandait si la France sait vraiment ce qu'elle veut dans cette région d'une "effrayante complexité". De Gaulle avait peut-être lu Kessel avant de parler d'Orient compliqué...

    Prochainement, je chroniquerai sur un livre formidable que je dévore en ce moment Homo Sapiens de Yuval Noah Hariri

     

     

     

  • Boussole

    Ce n'est pas un livre facile autant le dire tout de suite. Mais c'est un livre passionnant, il suffit de se laisser emporter par la verve de l'auteur.

    Franz Ritter le narrateur est un musicologue autrichien , malade, dépressif. Insomniaque surtout et le roman décrit le fil de ses pensées au cours d'une nuit. Sarah revient souvent dans ces pensées, de façon obsessionnelle, un amour impossible, inaccompli, elle est elle-même universitaire, française, spécialiste de l'orient et de de ses grands voyageurs. 

    Mathias Enard qui a passé plusieurs années de sa vie au Proche et au moyen Orient, au Liban, en Syrie, en Iran en Turquie fait assaut d'érudition musicale et littéraire sur tout ce qui a façonné au cours des siècles la relation entre Orient et Occident.

    Sa boussole comme celle de Beethoven n'indique pas le Nord mais l'Est, vers Jérusalem et La Mecque, les religions du livre.

    Ce livre est aussi un hommage à la Syrie, un pays d'une grande richesse culturelle qui n'est pas qu'un pays de jihadistes.

    L'objet de ce livre est aussi de nous rappeler tout ce que l'Occident doit à l'Orient et ce que l'Orient doit à l'Occident. Les ponts entre ces deux régions voisines ont été permanents et sont appelés à survivre au désastre qui affecte aujourd'hui cette région.

    C'est ce que nous rappelle Enard, l'Islam a été une culture foisonnante, une vision du monde, une philosophie, très éloignée de la caricature qu'en ont aujourd'hui nos contemporains, cet islam là sans voile et sans violence doit redevenir visible. Mathias Enard y contribue avec talent.

    C'est pas mal de lire ce livre avec un smartphone à portée de main pour prendre le temps d'écouter sur youtube les interprétations citées.

  • Palmyre

    Hier, journée d'hommage aux victimes des attentats de Paris, j'ai lu Palmyre de Paul Veyne dans le train entre Lille et Bordeaux.

    Paul Veyne est admirable,  à 93 ans, il a écrit en quelques jours un ouvrage magnifique, à la portée de tous qui nous explique bien la singularité de Palmyre, son histoire, son architecture, sa place dans l'empire romain, son côté tribal, l'épopée de Zenobie.

    Magnifiques illustrations.

    Que de regrets! En poste au Liban de 2005 à 2008, je ne suis jamais allé à Palmyre, c'était déjà réputé dangereux, non pas à cause des jihadistes, mais à cause des sbires de Bachar el Assad, qui déjà enlevaient, emprisonnaient, assassinaient...

    Excès de prudence, j'aurai du y aller. Aujourd'hui, il est trop tard, il nous reste les photos du livre de Paul Veyne, ses explications lumineuses, notre imagination...

  • Le périble de Baldassare

    maalouf-T.jpgAvec ce livre, on passe d'agréables moments dans l'Europe du XVII° siècle. Baldassare Embriaco est un descendant de génois, donc chrétien,  qui a fait souche à l'occasion des croisades à Gibelet, plus connu aujourd'hui sous le nom de Byblos, au Liban, mais aussi de Jbeil en arabe, d'ou Gibelet.

    Il a un beau métier, libraire, vendeur de curiosités, et un jour il voit passer un livre mythique celui qui dévoile le centième nom du prophète et annonce la fin du monde pour l'an 1666. Mais ce livre, il le laisse échapper, par rationalisme, pour le regretter aussitôt , on ne sait jamais.

    Et il part à la poursuite de celui qui l'a emmené d'oû le périple, via Tripoli, Alep, Alexandrette, Consantinople, Smyrne (Izmir), Gênes, Minorque, Tanger, Londres, Calais, Paris, Lyon, Avignon, Nice...

    Le pretexte pour de nombreuses aventures et rencontres, des pirates, des enlèvements, des sectes, des intellectuels, des juifs, des musumans, des chrétiens, des amitiés, l'amour. C'est assez bien mené par Amin Maalouf, désormais académicien et auteur d'un mémorable "les croisades vues par les arabes".

  • Attentat

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    Une photo d'attentat comme une autre.

    C'est à Beyrouth, en plein centre ville. Mais dans la voiture, parmi les victimes, il y a Mohamed Chatah et  cet homme je l'ai connu au Liban vers la fin de mon séjour, il revenait de Washington, où il avait représenté son pays, après avoir travaillé au FMI. Il était conseiller pour les affaires économiques du Premier Ministre, puis ministre des finances. Un homme ouvert, curieux, aimable, attentif, intelligent, engagé au service de son pays.

    Un libanais comme on les aime, dont on ne se demande pas s'il est sunnite, chrétien ou chiite, un citoyen d'abord. Il en est mort. Assassiné paa haine.

    Les journaux ont publié de lui des photos officielles dans ses habits de technocrate, ce qu'il était, mais je retiens cette photo d'un homme en vacances, détendu, l'image du Liban qu'on aimerait voir plus souvent plutôt que celui de la guerre, des attentats, des réfugiés, du communautarisme, des intégrismes.

     

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