15.05.2009
Le lièvre de Patagonie est aussi de Brioude
Le livre de mémoires de Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie, est formidable. Je ne l'ai pas encore terminé mais d'ores et déjà je peux en recommander la lecture à tout un chacun. C'est le livre d'un homme qui aime passionnément la vie, un journaliste, un portraitiste remarquable, un écrivain, un cinéaste. Toute sa vie il a livré des combats justes, dans la résistance, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Israël, et il est bien sûr l'auteur de l'indispensable Shoah... Directeur de la revue "Les temps modernes", il a aussi beaucoup écrit sous des pseudonymes dans Elle, France Observateur...
Claude Lanzmann a aussi beaucoup aimé les femmes, beaucoup de femmes, Simone de Beauvoir, dans un curieux ménage à trois avec Sartre, Judith Magre, une infirmière nord coréenne, Angelika... Mais ce n'est pas l'essentiel. Toute sa vie, il a fait preuve d'une grande vitalité et d'un courage, intellectuel et physique, exceptionnel.
Le livre s'ouvre par un magnifique chapitre, très bien écrit, sur la peine de mort, qui laisse sans voix et qui, il faut l'espèrer, parviendra à convaincre quelques partisans de la peine de capitale de changer d'avis. Ce seul chapitre justifie la lecture du livre.
Suivent des pages passionnantes sur sa résistance en Auvergne. les transports d'armes du Lycée Blaise-Pascal, où il est étudiant en khagne, à la gare de Clermont-Ferrand, les embuscades contre les allemands à Saint Jacques des Plats et les courses poursuites avec l'occupant dans les rues de Brioude. Lanzmann cite aussi un groupe de résistants d'un certain Commandant Raffy à La Chaise-Dieu dont on comprend qu'il a bien fait pour sa vie de ne pas le rejoindre.
A dévorer sans plus tarder, chaque page est un enchantement, et pour compléter, regarder, à partir du site de France 5, l'épisode de la série Empreintes qui lui a été consacré.
09:36 Publié dans Actualité, Auvergne, Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude lanzmann, brioude, patagonie
23.02.2009
Les plages d'Agnès
Excellent film, ces Plages d'Agnès qui nous emmènent de la Flandre à Sète puis en Californie et ...rue Daguerre! Agnès Varda a débuté comme photographe et ce n'est sans doute pas par pur hasard que cette impasse dans la rue Daguerre (le daguerréotype de Jacques Daguerre...) lui a plu pour y vivre, y créer, élever ses enfants, installer ciné-tamaris www.cine-tamaris.com.

Son portrait, objet du film, est un enchantement, il y a presque une bonne idée de cinéma par plan!
Cet autoportrait, très loin du nombrilisme et de l'autocongratulation montre par ailleurs que le fim du genre documentaire a le vent en poupe, on avait déjà eu cette année, Valse avec Bechir, La vie moderne de Depardon, Je veux voir (Catherine Deneuve), Entre les murs, et plus en amont, Etre et Avoir, le cauchemar de Darwin.
Avec les Plages d'Agnès un vent de sérénité souffle en ce temps de crise. A vos caméras, vos appareils photos et vos plumes pour faire part de vos enthousiasmes!
19:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : varda, daguerre
15.02.2009
amour/haine de sa ville
Deux livres et un film cette semaine, tous les trois sur l'amour et la haine qu'inspire la ville de son enfance!
Bernard Delvaille : "Bordeaux". Bernard Delvaille a été l'un des grands poètes du xx siècle, né en 1921, mort à Venise il y a peu, il a été pendant plusieurs années responsable de la poésie chez Seghers, a publié une anthologie de la poésie symboliste. Spécialiste de Valéry Larbaud, il a vécu en solitaire, recherchant toujours simplement le plaisir immmédiat, sans plan de carrière. De ses années d'enfance et d'adolescence à Bordeaux, il a tiré ce magnifique ouvrage.
"De Bordeaux, il me reste aussi les quais, ce fleuve large et jaune auprès duquel la ville se love en forme de croissant...et le soir, le cartable lourd de livres, Salluste et Virgile, Montaigne et Racine... de cette enfance protégée par la ville elle-même, j'ai surtout acquis et retenu le goût de la liberté. c'est à Bordeaux que j'ai commencé l'apprentissage du coeur et cela suffit."
Mauriac, le dernier des "3 M" avec Montaigne et Montesquieu, nous avait donné Une enfance provinciale : Bordeaux, dès 1925. Une longue plainte à l'encontre de la ville à laquelle il reconnait devoir sa vocation d'écrivain, son destin! "Les maisons, les rues de Bordeaux, ce sont les évènements de ma vie. Quand le train retentit sur le pont de la Garonne et qu'au crépuscule, j'aperçois tout entier l'immense coprs qui s'étire et qui épouse la courbe du fleuve, j'y cherche la place, marquée par un clocher, par une église, d'un bonheur, d'une peine, d'un péché, d'un songe."
En 2009, C'est dans le même registre que Terence Davies nous emmène dans le Liverpool d'hier et d'aujourd'hui. Of Time and the City, vu au cinéma Utopia, est un magnifique documentaire avec des images d'archives du Liverpool de l'enfance du cinéaste, vécue dans la terreur de la surveillance de l'église, catholique ou anglicane, au moment ou l'empire britannique s'effondrait, celui de l'après guerre.

19:09 Publié dans Aquitaine, Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.12.2008
Je veux voir
Je veux voir! C'est la réponse de Mademoiselle Catherine Deneuve, venue à Beyrouth pour un gala de bienfaisance après la guerre de 2006 à deux diplomates de l'Ambassade de France, Brigitte et Joseph, qui essaient, c'est leur métier, de la dissuader d'aller dans le sud à la frontière d'Israël, des risques, des ennuis, des moyens à mettre en oeuvre...
Alors on voit Catherine Deneuve et Rabih Mroue, acteur libanais, au français hésitant, parcourir en voiture Beyrouth et le Sud liban
C'est un grand plaisir après trois mois de revoir en images le Liban, c'est très familier, à portée de main, l'urbanisme, les paysages, le désordre, les gens...
On voit l'entrée de l'hôtel Phoenicia.
On voit une Catherine Deneuve en saharienne, angoissée, allumant cigarette sur cigarette, le danger est partout : l'absence de respect du code de la route, feu rouge, feu vert, c'est pareil...On ne voit pas l'Etat, le grand absent depuis la guerre de 1975!
On voit les ruines nées des différentes guerres :on parle de la Tour Murr, monument implicite de la guerre de 75-90, on voit les ponts bombardés, les immeubles détruits par la dernière guerre, des gravats...
On devine, on entend les interventions des milices islamiques dans la banlieue sud : pas le droit de filmer, pas d'autorisation...
Dans le sud on entend la chasse israélienne passer le mur du son à basse altitude : après les bombardements de l'été, ce n'est rien
On voit, à Bint Jbeil, Rabih Mroué chercher la maison de sa grand mère dans les ruines sans la trouver, plus rien n'est comme avant! Disparues la rue, la salle à manger, la cuisine, la chambre, parties à la mer avec les débris...
La mer, cette promesse de départ dont parle justement Rabih Mroué dans la pièce de théatre l'homme d'hier (cf.chronique précédente).
On voit les badauds, surtout des hommes, à Bint Jbeil, se demander ce que fait cette femme blanche, seule dans une voiture, la reconnaissent-ils?
On voit la Finul toute en blanc à la frontière israélienne, on emprunte un moment un petite route tout près de la frontière, à pied histoire de dire qu'on y était, je n'y suis jamais allé...
On se fait peur en empruntant par inadvertance une route potentiellement minée.
On revient à Beyrouth, on emprunte les tiunnels, on retrouve le Phoenicia.
Gala de bienfaisance, le tout Beyrouth est là, les flashs... On voit Mademoiselle Catherine Deneuve, en robe de soirée faire son métier de star aux côtés de Bernard Emié qui fait son métier d'ambassadeur, chacun dans son rôle, de vrais professionnels, Catherine préférerait retrouver son collègue Rabih, tout sourire, mais pas invité à la table d'honneur...
09:56 Publié dans Film, Liban | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catherine deneuve, liban, rabih mroué
22.10.2008
Premières neiges
Film à voir en complément de Valse avec Bechir (cf chronique précédente).
On est ici du côté des victimes, pas de celui des anciens combattants. Dans un village de montagne de Bosnie, des femmes, des enfants, un vieillard luttent pour leur survie. Quelques mois après les accords de Dayton, les hommes massacrés sans doute par les serbes ne sont pas revenus. Où sont ils, peuvent-ils revenir? Tout est pretexte à évoquer leur souvenir, l'espoir d'une apparition improbable.
Alma, voilée, c'est la seule parmi toute ces femmes musulmanes, est la plus dynamique. Un homage à la foi? Elle veut réaliser l'ambition de feu son mari, nourrir la moitié du pays, ...avec des conserves de fruits. Elle met tout le village au travail mais elles n'arrivent pas à vendre sur le bord de routes désertées...
Et puis apparaissent successivement un soupirant prometteur mais qui tarde à revenir et des affairistes serbes qui non seulement sont tenus responsables de la mort de leurs hommes mais veulent aussi acheter les terres. Que faire, partir,rester fidèle aux souvenirs, à la terre des ancêtres? Dilemme éternel des lendemains de guerre...
La cinéaste Aïda Begic a tiré de cette situation un beau film sur l'absence, le deuil, la mémoire, la nécessité de savoir, la résistance...
19:23 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bosnie
08.10.2008
Valse avec Bechir
Bechir c'est Bechir Gemayel, le Président du Liban élu en 1982 aussitôt assassiné et la valse fait référence à une action extraodinaire, une action de bravoure, comme en font parfois les soldats sous l'effet d'un stress intense. Ici, un des soldats de Tsahal dont la patrouille est sous le feu des snipers, sur la corniche de Beyrouth, se met à tirer à la mitrailleuse légère, au milieu des affiches de Bechir Gemayel, sans aucune protection...08:15 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ari folman, beyrouth, israël, sabra et chatila
01.10.2008
Entre les murs
Le moins que je puisse dire c'est qu'on est heureux que le film se termine! De s'échapper d'Entre les murs L'atmosphère est étouffante. La proviseure de lycée assise à côté de moi n'a pas tenu jusqu'à la fin. Le film fera peut-être un tabac en termes d'entrées, tout enseignant se doit d'aller le voir...pour voir et tout collégien et/ou lycéen aussi! Cela fait du monde!
Je crains cependant que les vocations pour le métier de professeur ne soient pas à la hausse après cette palme d'or.

On a au fond de la compassion pour ces élèves, plein d'humanité comme le disent les critiques, mais qui doute de l'humanité des élèves, mais aussi ignorants, mal élevés, insolents...du moins ceux qui sont mis en avant par le scénario, les bons élèves de la classe sont eux peu mis en scène.
On a aussi de la compassion pour le professeur. Il a de mon point de vue à peu près tout faux dans la façon d'exercer son métier. Répondre à un élève "moi non plus je suis pas toujours fier d'être français"! Cette réplique est exemplaire de cette attitude qui consiste à se vouloir du côté des élèves, complice, pour les amadouer...sans assumer pleinement son rôle d'adulte, de professeur. Il est toujours prêt à comprendre ces élèves et donc tout leur passer. Comment éduquer des enfants, ce sont des enfants, si on les prend pour des partenaires, si on est pas exigeants. Belle préparation à ce qui les attend dans le monde réel, celui du travail.
Le défaut de ce film finalement c'est de ne pas montrer, ce qu'il aurait pu faire, comment les autres professeurs du collège qu'on ne fait qu'apercevoir mais dont on sent qu'ils ne partagent pas les idées pédagogiques de François Begaudeau, se débrouillent avec les élèves, les différentes attitudes des différents professeurs. Voilà qui serait intéressant!
Le clou, ce sont les scènes à peine croyables, j'en cite deux : les délégués de classe qui ricanent et mangent des gâteaux pendant le conseil de classe sans aucune remarques du proviseur adjoint. Si on est là...évidemment la cause est perdue. Et ce conseil de discipline où la maman de Souleyman menacé d'être expulsé se fait traduire les débats par son fils sans être assistée d'une personne parlant le français . Comment un conseil de discipline peut il accepter de siéger dans ces conditions?
A moins mais ce serait trop subtil et pas en phase avec ce que l'on entend sur les ondes qu'Entre les murs ait voulu montrer ce qu'il ne faut pas faire. S'il est percç comme cela le fil aura été utile! mais je crains que les adolescents ne le voient qu'au premier degré!
20:41 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent cantet, palme d'or, entre les murs, françois begaudeau
15.09.2008
Le silence de Lorna
Très beau film des frères Dardennes. Vu au cinéma Utopia, place Camille Julian à Bordeaux.
Lorna réfugiée albanaise a réussi a obtenir la nationalité belge en épousant un camé grâce à l'intermédiaire de complices mafieux. Sa carte d'identité en poche, son rêve est désormais d'ouvrir un snack bar avec son amant Sokol qui travaille près du coeur d'une centrale nuclaire en Allemagne. Aujourd'hui , elle repasse dans un atelier et supporte mal la cohabitation avec un mari qui essaie de s'en sortir mais est en état de manque grave, ce qui le rend insupportable...
Avant de réaliser son rêve, Il va falloir se débarasser du mari, un overdose opportune avec la complicité de ses amis devrait faire l'affaire et puis il faudra épouser un nouveau riche russe pour se constituer le capital nécessaire à l'achat du snack...
Le grain de sable, c'est l'humanité de Lorna! Le camé, elle fini éprouver de la pitié, de l'attachement et elle préférerai divorcer plutôt que de le voir disparaitre victime de son addiction et de ses complices...Le russe...
L'image du film est très belle, pas de caméra à l'épaule comme dans Rosetta, peu de dialogues, les silences de Lorna sont éloquents
Si Benoît XVI a essayé de nous expliquer ce week-end que la raison sans la foi et la foi sans la raison...bref, les frères Dardennes eux nous expliquent simplement, ce qu'on savait déjà, que l'humanité sans les femmes n'aurait aucun avenir, victime qu'elle serait de la folie des hommes.
13:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Le silence de Lorna, Frères Dardennes, Cinéma Utopia
27.03.2008
Persépolis, Le liban gagne une bataille
Aujourd'hui, grâce à l'insistance de Tarek Mitri, ministre de la culture, la Sûreté générale, réputée proche du Hezbollah, a rapporté sa décision d'interdire sur les écrans de cinéma libanais la diffusion de Persépolis, le film de la franco-iranienne Marjane Satrapi.
Bravo! Le Liban gagne une bataille, il y en aura d'autres. Va t'on par exemple voir bientôt le film israélien Beaufort de Joseph Cedar qui raconte l'histoire de la dernière unité de l'armée israélienne présente au sud Liban avant le retrait israélien de 2000?
19:25 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Beaufort, Persépolis, Censure, Liban, Tarek Mitri, Joseph Cedar, Marjane Satrapi
26.03.2008
Beyrouth, banlieue de Téhéran
J'emprunte le titre de ce post à l'Orient le Jour de ce matin
"Critiqué par les autorités iraniennes pour sa description de la Révolution islamique, le film d'animation franco-iranien Persépolis n'a pas été autorisé à sortir sur les écrans libanais, provoquant de vives critiques dans le pays.
Une source gouvernementale, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a expliqué à l'AFP que le film avait déplu au chef de la sûreté, un proche du Hezbollah, qui décide de la censure des films. Le ministre de la culture, Tarek Mitri, a déclaré de son côté qu'il n'y avait "aucune raison justifiant la censure du film" et qu'il a demandé au ministère de l'intérieur de faire lever cette interdiction." source : le Monde.fr
Le drame du Liban est bien résumé dans le second paragraphe de cet article. Le gouvernement est contre la censure mais les agents de la Sureté générale, en charge de la censure, théoriquement sous l'autorité du ministre de l'intérieur, n'en font qu'à leur tête! Où est l'état de droit?
22:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Perspepolis, Beyrouth








