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Livre - Page 2

  • La cache

    Ce récit est celui d'une famille, la famille Boltanski, ou Boltanski ou Boltansky, originaire d'Odessa. Le mémorial de Yad Vashem en Israël compte 177 victimes de la Shoah de ces noms là.

    Un nom juif donc pour l'auteur Christophe, journaliste et écrivain, fils de Luc Boltanski, sociologue, petit-fils d'Etienne Boltanski, médecin des hôpitaux, arrière petit-fils de David, sellier immigré d'Odessa à Saint-Ouen où il est rejoint par sa femme Enta Fanstein.

    Etienne se marie avec Myriam, une femme corse, véritable héroïne de cette sage, mère-grand, atteinte de la polio à l'âge de 22 ans. Etienne et Myriam ont donc trois fils, Jean-Elie, aujourd'hui discret linguiste, Luc, poète et sociologue, père de  et Christian-Liberté, l'artiste mondialement connu aujourd'hui.

    Ces gens là vivent reclus dans leur appartement de la rue de Grenelle, la polio limite les déplacements de la mère qui refuse les fauteuils roulants, s'accroche à la vie, couve sa maisonnée, Etienne est du genre mélancolique et puis la guerre arrive, la nazisme, l'antisémitisme, les confrères s'éloignent, les dénonciations se profilent... La famille met en place un stratagème : officiellement, Etienne et Myriam divorcent, Etienne est parti, en fait il vit le jour dans une cache, sous le plancher et ne sort que la nuit, jusqu'à la libération et le retour à l'hôpital avec les mêmes collègues qu'avant... cela crée des habitudes, se cacher, rester ensemble, toujours solidaires, regarder par où fuir, ne pas s'éloigner de la voiture, ne pas sortir seul, ne pas aller à l'école, Christian n'y a jamais été, les enfants ont eu des précepteurs, même un ancien collabo...

    Le récit, est-ce un roman, est construit autour des pièces de l'appartement, on commence par la voiture, une Fiat 500, à cinq, puis c'est la cuisine, le bureau... avec à chaque fois un plan détaillé.

    Une famille de non dits dominée pour toujours par la peur, la peur de tout, la peur de l'extérieur, de l'imprévu, des autres... mais une famille unie comme jamais malgré les différences entre les garçons, qui restent attachés les uns aux autres encore aujourd'hui malgré des parcours professionnels fort différents.

    Un livre très attachant mais aussi par certains côtés effrayant.

     

  • Séquelles

    La mode est au polar nordique, alors innovons! Voici un polar australien. on s'imagine déjà sur de belles plages avec de beaux surfeurs, lunettes de soleil, bodybuildés...

    Et bien pas du tout. Peter Temple un sud-africain d'origine né en 1946 qui vit en Australie depuis 1980 nous emmène à Cromarty au sud de l'Australie, en automne, et plus on est au sud, plus il fait froid: il y a de la pluie du vent, des landes, de la boue, on se croirait en Irlande...

    Le roman a été publié en 2006 et a été couronné de nombreux prix, méconnus ici : Ned Kelly Award, Ducan Lawrie Dagger.

    Au départ Joe Cashin, policier qui a été exilé dans un petit commissariat à l'écart de la criminelle à la suite d'une enquête désastreuse coule des jours tranquilles, répare la vielle maison de son oncle, promène ses chiens, sa solitude, son mal de dos... jusqu'à ce qu'il soit appelé pour le meurtre d'un notable local, mort sous la torture. Rapidement trois aborigènes sont inquiétés puis tués par la police dans ce qui ressemble à une embuscade. Tout le monde est content! Sauf Cashin qui trouve que l'enquête est bâclée et les coupables bien commodes.

    On découvre alors peu à peu l'envers du décor du rêve australien : racisme, omerta, policiers véreux, corrompus, drogue, prostitution, pédophilie; on verra qu'il n'est possible de compter sur personne et que les notables ont l'âme bien noire et que ceux qu'on admire le plus sont parfois très décevants.

    Pas très gai ce polar malgré quelques éclaircies d'humanité de temps à autre...

  • A propos de courage

    Tim O'Brien est né en 1946. Un peu plus âgé que moi. Mais il est américain, originaire du Minnesota. A 21 ans, il est envoyé à la guerre au Viet-Nam dans la 23 ème division d'infanterie, celle qui fut impliquée dans le massacre de My-Lai. il sert son pays de 1968 à 1970.

    Après la guerre, il reprend ses études à Harvard et il devient écrivain sans l'avoir prémédité.

    Toute son oeuvre est hantée par la guerre qu'il a livrée. Dans cet ouvrage, écrit 20 ans après, il se remémore son expérience entrecoupée de souvenirs de son enfance et de son adolescence, le temps d'avant. il ne dénonce rien, il ne prend pas partie, il décrit. La pluie, la boue, l'attente, les copains, la peur, la honte, la folie, la nostalgie, le courage, la solidarité...la mort des copains, l'hélico qui les ramène à la maison, les VC, les viet-congs... Tim O'Brien fait revivre les morts, ils ne le quittent pas y compris la petite Linda sa copine dont il était amoureux à l'âge de neuf ans

    La première partie qui donne son titre à l'ouvrage en anglais s'intitule "The things they carried", c'est saisissant, tout ce que porte un soldat, d'essentiel et d'accessoire.

    Le passage où il explique aussi pourquoi il renonce finalement après une semaine de réflexion à la frontière avec le Canada de ne pas déserter est magnifique. Finalement, il y va à la guerre parce qu'il manque de courage...

    Ce livre est vraiment à mettre dans toutes les mains pour comprendre ce qu'est la guerre, ce que sont les guerres et ce qu'est la compagnie des morts.

     

  • VIVA

    L'ivresse de la littérature et de la révolution... A vrai dire avec ce livre, je crois que c'est le dernier ouvrage de Patrick Deville paru, il vaudrait mieux parler d'étourdissement.

    Deville utilise le même procédé que dans Equatoria, des allers et retours biographiques de nombreux personnages et les réflexions contemporaines de l'auteur. On est ici au Mexique dans les années trente et quarante et les personnages sont imposants : Léon Trotsky en exil, Frida Kahlo et Diego Rivera, Malcom Lowry, Arthur Cravan.

    Ce qui réunit ces artistes ce n'est pas vraiment l'art mais plutôt l'action politique. En arrière plan, il y a les luttes entre les partisans de la quatrième internationale créée par Trotsky et ceux qui sont restés staliniens et qui veillent au grain.

    On se demande sans le comprendre vraiment pourquoi Mexico est devenu le centre de cette lutte et la destination de tant d'intellectuels, il semble qu'il faille faire le voyage de Mexico, on y croise même André Breton, qui au passage en profitera pour piller un peu d'arts premiers.

    Si on excepte Trotsky, il semble qu'on boive beaucoup, les amitiés et les amours sont fugaces, les trahisons nombreuses et on se demande vraiment comment Malcom Lowry est parvenu à écrire son célèbre roman Au dessous du volcan, ce n'est pas ce livre qui nous l'expliquera vraiment, tant le récit est décousu...

    Petite déception donc...

  • Les impliqués

    Un polar polonais! La mode est au polar nordique alors cap sur la Pologne. J'ai rencontré l'auteur et son traducteur au Salon Lire en Poche à Gradignan (Bordeaux Métropole), une excellente manifestation avec conférence d'auteurs, dédicaces, la présence de toutes les librairies de Bordeaux...

    Zygmunt Miloszewski, l'auteur, a écrit un polar un peu particulier qui relie la Pologne d'aujourd'hui et on le découvrira au cour de l'enquête du procureur, son passé. Le procureur est un peu blasé, au milieu de sa vie, il s'ennuie, supporte mal sa hiérarchie et n'est pas très heureux en couple. l'affaire qui va l'occuper va lui apporter du changement et un trop plein d'émotions.

    Un matin il est appelé dans un monastère qui a été loué par un thérapeute pour un WE de thérapie basé sur la reconstitution de la constellation familiale. Les participants jouent chacun leur tour le rôle de la famille d'un des patients et cette constellation permet de mettre en évidence la cause des troubles, des angoisses... pourquoi pas... et peu importe, l'essentiel est que ce matin là l'un des patients est retrouvé mort avec la broche d'une rôtissoire enfoncé dans l'oeil. Le meurtrier est sans doute parmi les participants à la thérapie, mais lequel?

    Le petit plus : les impliqués a été publié par une maison d'édition basée à Bordeaux :http://mirobole-editions.com

  • A la lumière de ce que nous savons

    Autant le dire tout de suite , ce roman est exceptionnel par son ambition, l'ampleur des thèmes abordés, l'interêt toujours renouvelé au fil des pages, un roman total. De quoi s'agit-il? de deux tranches de vie de deux amis que les circonstances ont séparés et qui se retrouvent un matin autour d'une table de cuisine. Zafar revient chez le narrateur à Londres, jamais nommé, il ne se sont pas vus des annéess.

    Le narrateur est d'origine pakistanaise, ses parents étaient diplomates aux Etats-Unis, il a fait toutes ses études, brillantes, dans les grandes écoles, il a été banquier d'affaires, fait un beau mariage, mais celui-ci part à vau l'eau, on en saura guère plus et la crise financière de 2008 a eu raison de lui, sa banque a fini par le virer, il était actif dans les subprimes...Il a tous les codes du capitalisme anglais et américain.

    Zafar, lui est originaire d'une famille très pauvre du Bangladesh, il est autodidacte mais a réussi à intégrer Oxford, brillant mathématicien , il fait de la finance à Wall street avant de quitter cet univers et de partir pour le sous continent indien, en Afghanistan. Par devoir, du fait de ses origines?...

    On va donc aborder dans ce roman, les mathématiques, la finance, la crise de 2008, le conflit en Afghanistan, la géopolitique, le Nation building, l'aide humanitaire, les services secrets pakistanais, l'exil, la manipulation, l'intégration, le complexe des origines, l'amour impossible entre Zafar et Emily, so british..., bref le monde du XXI° siècle.

    Les références littéraires publiées en tête de chaque chapitre outre qu'elle témoignent de l'ambition littéraire et du patronage revendiqué par l'auteur sont autant de prolongement du livre.

    je l'ai lu en anglais, publié en français chez Christian Bourgois

  • Alamut

    A l'occasion de notre voyage en Iran, j'ai cherché un roman relatif à la Perse et je suis tombé sur Alamut de Vladimir Bartol. Bien m'en a pris.

    Ce roman écrit par un slovène, Vladimir Bartol et paru en 1939, raconte  l'histoire de la forteresse Alamut et de son fondateur Hassan Ibn Sabah.

    Cette forteresse, un nid d'aigle, situé à une centaine de km au nord de Téhéran a été du X au XIII siècle le siège quasi inexpugnable des ismaélites, une secte chiite, qui résiste à l'occupation de la dynastie turque et sunnite des Seldjoukides qui domine à cette époque le Moyen-orient avant l'invasion mongole.

    Hassan Ibn Sabbah a peu de moyens militaires mais le roman montre bien comment son charisme, son machiavélisme lui permette d'impressionner ses principaux collaborateurs, en particuliers ses fedayin qui sont prêts à mourir pour lui le sourire aux lèvres.

    Hassan a en effet conçu dans les jardins situés derrière sa forteresse une sorte de paradis empli de fruits appétissants, de rivières, d'animaux flamboyants, et surtout de houris, les fameuses vierges du paradis évoquées par le Coran. Il endort quelques jeunes gens, les drogue avec une boulette de haschich et leur fait croire qu'il est capable de leur ouvrir les portes du paradis. C'est merveilleux. Au réveil, l'envie d'y retourner est irrésistible. Si bien que ces fedayins sont prêts à accomplir les missions les plus périlleuses comme aller assassiner le grand vizir sous prétexte de mission diplomatique puisque cette action ouvrira les portes du paradis.

    Les ennemis de Hassan, impressionné par tant de détermination vont se débander se qui permettra à la dynastie de cette secte de durer trois siècles et de fortifier la légende des assassins.

    Roman historique, donc, roman philosophique, écrit en pleine période du nazisme et au retentissement évident aujourd'hui.

    Une très bonne lecture.

     

     

     

     

     

     

     

  • Water music de T.C. Boyle

    J'ai découvert T. C. Boyle en écoutant Les Matins de France Culture alors qu'il présentait son dernier ouvrage "Les vrais durs". Et c'est Brice Couturier dans sa Chronique qui m'a convaincu de lire Water Music le premier roman de T. C. Boyle, publié au début des années 1980.

    La libraire de La Machine à Lire à Bordeaux m'a demandé l'après midi en voyant mon acquisition "vous avez écouté France culture?

    C'est à la fois un roman d'aventure, un roman historique, un roman sur la nature. Il  y  a deux personnages dont les destins s'entrecroisent tout au long du livre pour finir par se rencontrer. Il y a Mungo Park, un jeune explorateur anglais qui part à la fin du XVIII siècle découvrir le cours du Niger, dans quel sens coule-t-il? L'Afrique est alors primitive, pleine de dangers, les noirs, les arabes, le climat, les pluies torrentielles, La chaleur, les animaux sauvages, les maladies...en Angleterre sa promise l'attend telle Pénélope. 

    Et il y a Ted Rise, un petit Malfrat anglais, abandonné à la naissance, mutilé pour mieux faire le mendiant, qui vit de rapines, voire de meurtres mais se sort toujours d'affaires. Les bas fonds de Londres sont effrayants.

    Qu'il s'agisse de l'Afrique primitive ou de l'Angleterre de la révolution industrielle, le monde est impitoyable. 

    Après avoir identifié le cours du Niger, Mungo Park revient au pays, écrit un livre fait des conférences, se marie avec sa promise, fait des enfants...

    Mais le démon de l'aventure le reprend, le tenaille, et un jour enfin, il part missioné pour découvrir l'embouchure du Niger. Il part de Dakar, où il recrute Ted Rise, condamné au bagne, qui trouve là à s'employer. Une nouvelle épopée s'engage...

    Bref, si l'on peut dire, c'est un chef d'oeuvre.

     

  • Paul Veyne

    Paul Veyne est né en 1930, il fuit la société mais cultive l'amitié, a fait Normale, a eu sa carte du Parti communiste, vit au pied du Mont Ventoux, a été marié trois fois...

    Ses souvenirs sont d'une grande sincérité et il fait dans cet ouvrage un portrait de lui fort attachant, celui d'un homme intelligent, qui a toujours été mu par le souci de faire ce qui l'intéressait  qui n'a que faire de l'image qu'il donne de lui, un homme d'une grande fidélité, qui tient ses engagements et que les drames de la vie n'ont pas épargné.

    Professeur honoraire au Collège de France, il a renouvelé l'histoire de Rome dans l'esprit de l'Ecole des Annales. C'est un grand bonhomme qui dit-il continue de travailler pour oublier qu'il va bientôt mourir.

    Ce qu'on devrait tous faire.

     

  • To kill a mockingbird

    Trois titres en français pour ce best seller de la littérature américaine du XX siècle, au gré des traductions : Quand meurt le rossignol (1961), Alouette je te plumerai (1989) et simplement Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (2005).

    Je l'ai lu en anglais sur ma liseuse, laquelle offre avec son dictionnaire intégré des facilités de lecture très pratiques même s'il manque l'odeur du papier.

    Le hasard aura fait que son auteur Harper Lee, née en 1926 est décédée en février 2016 au milieu de ma lecture.

    Le livre est désormais un classique de la littérature américaine. Il est étudié dans les écoles et les collèges (au sens français) américains parce qu'il est clairement antiraciste et prend clairement position en faveur de l'égalité des droits. 

    L'histoire est racontée par une enfant de huit ans Scout qui vit avec son père, Atticus, veuf, et son frère ainé Jem (12- 13 ans). Il y a une gouvernante noire Calpurnia. L'action se déroule en Alabama, ancienne terre d'esclavage dans les années trente. Atticus est avocat et il va avoir à défendre un jeune noir, Tom Robinson, accusé du viol d'une jeune fille.

    L'ouvrage est très didactique, très autobiographique, c'est aussi un roman à suspense. Beaucoup de qualités donc.

    Il est encore malheureusement très actuel et mérite donc d'être lu même s'il a été publié en 1960. Le racisme, les préjugés, la violence, la bêtise et l'injustice sont toujours présents, en Amérique comme ailleurs.