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Livre - Page 3

  • Nickel Boys

    Il est écrit roman sur la couverture, et il est vrai que les personnages sont fictifs. Mais la valeur principale de ce récit est documentaire. Colson Whitehead met en scène la vie de deux jeunes noirs Elwood et Turner, dans ce qu'on appelait une maison de redressement et que l'on dénomme aujourd'hui centre éducatif fermé. Elwood y a été interné à la suite d'une erreur judiciaire alors qu'il s'apprêtait à entrer à l'université.

    Peu importe c'est de mauvais traitement, de torture et même de meurtres qu'il s'agit. Il y a des noirs et des blancs mais ils sont séparés et bien entendu les noirs font l'objet de discriminations. Les personnels sont cruels, les dirigeants corrompus.

    Chaque fois qu'il y a un peu d'espoir, que l'on croit voir le bout du tunnel, nos héros retombent plus bas. C'est désespérant. Et ce n'est pas du roman les faits restitués se sont bien déroulés à la Dozier School for boys, à Marianna, en Floride. Et on peut consulter le site Internet des survivants de Dozier à l'adresse : officialwhitehouseboys.org, on y trouvera les histoires édifiantes des anciens élèves.

  • Histoires de la nuit

    Le roman est magnifique, par l'écriture, la narration, le suspense, les personnages. On ne s'ennuie pas une seconde. Le phrases sont longues ciselées au scalpel. Angoissantes.

    On est à La Bassée, dans le centre de la France, quelque part, un hameau oublié de tous au bout d'un chemin de terre. Il y a Patrice agriculteur, chasseur, marié depuis une dizaine d'année avec Marion, qui va fêter ses quarante ans, Ida leur fille de dix ans à qui sa mère raconte le soir avant de s'endormir des histoires de la nuit, et il y a la voisine, Christine une petite soixantaine, peintre, un peu bobo, les cheveux orange, mais seule, qui cherche encore et toujours l'inspiration, qui adore Ida, ne comprend pas bien qui a été Marion, avant, qui a de la compassion pour Patrice et réciproquement. Et le chien Radjah.

    C'est la campagne, l'isolement, l'abandon, le fruit de dizaines d'années d'exode rural et de désindustrialisation.. Et en cette journée d'anniversaire, on attend en fin de soirée le retour de Marion, de son travail, Patrice a invité deux de ses collègues mais il y a aussi des invités, imprévus, qui se sont invités.

    La tension monte, insoutenable, souvent. C'est un thriller et un portrait sans concession de la pauvreté dans tous les sens du terme

     

  • L'homme en rouge

    Radiographie ou anatomie de la Belle époque!. Le docteur Samuel Pozzi (1847 - 1918), l'homme en rouge selon un portrait célèbre de John Sargent, en robe de chambre, chirurgie et gynécologue talentueux, brillant, innovant. Son père Benjamin était originaire d'une famille lombarde et sa mère Inès d'une famille du Périgord. La ville de Bergerac, où il est né,  continue d'honorer la mémoire du docteur Pozzi, l'hôpital local porte son nom ainsi qu'une rue de la ville.

    Mais Pozzi fut aussi un mondain de la Belle époque, fort apprécié de ses patientes dont certaines furent ses maitresses, Sarah Bernhardt au premier rang. Intellectuel raffiné, lettré, il fréquentait les salons les plus huppés de Paris, voyageait beaucoup, aux Etats-Unis, à Londres. Il traduisit Darwin et faisait confectionner ses costumes et ses tentures avec des tissus achetés à Londres.

    Il fut sans doute malheureux en famille, Thérèse, un mariage d'amour au début, une femme rapidement trompée, catholique, fidèle, qui finira par le quitter, une fille qui trouvera difficilement son équilibre, un fils qui fera une carrière diplomatique modeste et un fils atteint de troubles mentaux.

    Julian Barnes dans ce récit fait autant le portrait de ce médecin exceptionnel que celui de la Belle époque, dont on retiendra qu'elle n'était pas si belle que cela. Les portraits du comte Robert de Montesquiou-Fezensac et du prince Edmond de Polignac sont un peu accablants. Cette noblesse décadente dépourvue de vrai talent n'aspire qu'à se mettre en avant, elle continue à pratiquer le duel pour un oui ou pour un non...

    La société française est marquée par l'affaire Dreyfus, la réaction est omniprésente parmi les élites de l'époque. Le contraste entre cette société sur le recul et un homme qu'on peut qualifier de la Renaissance comme Pozzi est assez frappant. On croise Léon Daudet, Marcel Proust, Oscar Wilde, les Goncourt, Jean Lorrain, Colette, Henri de Régnier, Léon Delafosse...

    Un livre très vivant, d'une grande érudition par le plus francophile écrivain anglais.

  • La guerre du Péloponnèse

    A la veille du confinement, j'ai regardé dans ma bibliothèque et suis retombé sur ce vieux bouquin de La Pléiade qui offre en un volume l'Enquête d'Hérodote et La guerre du Péloponnèse de Thucydide. Je me souvenais très bien du plaisir que j'avais eu à lire Hérodote et j'était persuadé n'avoir pas lu Thucydide. Je me suis rendu compte en cours de lecture que ce texte magnifique m'était familier et j'ai finalement découvert sur une page que je l'avais lu au second semestre 2003!

    Je dois avouer que malgré toutes les louanges faites à cet auteur, en particulier par Jacqueline de Romilly que j'ai vue maintes fois dans les émissions littéraires de Bernard Pivot, la lecture de La guerre est souvent un peu fastidieuse. Le récit des batailles est il faut le dire un peu répétitif, hive,r été, en toutes saisons pendant dix huit ans...

    Mais il est vrai que ce livre ne vieillit pas du point de vue de l'énonçé des stratégies des acteurs, de leur questionnement, du dilemme démocratie/oligarchie, de la nécessité des empires, de l'asservissement des peuples, des renversement des alliances. Notre monde s'est globalisé mais entre les Etats qui le composent, les enjeux sont un peu les mêmes qu'entres les cités grecques il y a 2500 ans, celle qui maitrisent la mer, celles qui maitrisent les continents...

    Ce qui manque tout de même ce sont quelques considérations sur le quotidien de ces conflits, pillages, viols, misère des vaincus, famines, tout cela n'est guère évoqué. Les femmes sont totalement absentes

    Périclès émerge comme le grand homme du moment, ses successeurs sont moins convaincants... Les sociétés ne génèrent pas de grands hommes à chaque génération!

     

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  • Par instants, la vie n'est pas sûre.

    Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un récit, c'est une lettre que Robert Bober a écrit au soir de sa vie, il est né en 1931 à Berlin, à Pierre Dumayet (1923-2011), son ainé, avec lequel il a collaboré pendant plusieurs années pour réaliser des documentaires pour la télévision (lecture pour tous émission littéraire mythique entre autres).

    Des souvenirs donc tout simplement qui permettent de croiser Erri de Luca, Georges Perec, Reverdy., le cardinal Lustiger, ... ,de se promener dans le quartier de Belleville, rue Vilin, la butte aux cailles, d'évoquer la culture yiddish, les tailleurs de l'après-guerre devenus hommes de lettres comme Jean-Claude Grumberg... Mais aussi Marguerite Duras, Jankelevitch, Hans Hartung, Martin Buber, Aharon Appelfeld, Marcel Rajman, (l'Affiche rouge), Paul Otchakovsky-Laurens (POL°), Henri Cartier Bresson, Robert Doisneau, tous, la plupart disparus,  deviennent vivants sous la plume de Robert Bober.

    C'est vraiment très attachant, et ce qui ressort c'est le souci constant de lire, relire scruter, regarder, photographier, mettre en scène, montrer.

    Le plus attachant de tous est peut être Erri de Luca qui depuis plusieurs dizaines d'années sans être croyant, lit quotidiennement le bible, en Hébreu, et à appris le yiddish, pour montrer à Hitler qu'il n'a pas gagné.

  • Âme brisée

    Beau roman,  très bien construit , très bien écrit, en français, par un écrivain japonais, qui fait monter les larmes aux yeux même si les personnages sont trop parfaits et le scénario totalement improbable.

    Le récit démarre en 1938 à Tokyo. Yu, professeur d'anglais répète, en quatuor, avec trois amis chinois,  Rosamunde de Schubert.

    Et d'un coup, sans crier gare, un petit commando de militaires brutaux, interrompt la répétition, humilie les musiciens, Yu a tout juste le temps de cacher son jeune fils Rei dans une armoire, son violon est piétiné par le chef de l'escadron qui fait embarquer tout le monde au poste. On ne les reverra plus. Seule l'intervention d'un jeune lieutenant japonais atténue un peu la tension. Il se rend compte de la présence de Rei dans l'armoire et une fois le commando parti lui remet le violon de son père.

    Quelques années plus tard, on découvre Jacques  à Mirecourt, le pays du luthier Jean-Baptiste Vuillaume (1798-1875), fabricant du violon de Yu,  il est lui aussi luthier.

    Il est impossible de raconter la suite des rebondissements de cette histoire toujours émouvante, un vrai conte de Noël, ou se côtoient les horreurs de la guerre sino-japonaise et la sérénité de la musique de Schubert et de Bach.

  • Psychisme ascensionnel

    Je l'envie Etienne Klein! autant de qualités en un même individu! Sans doute excellent physicien, spécialiste de la physique quantique que j'ai beaucoup de mal à appréhender, vulgarisateur de l'histoire de la physique, philosophe à ses heures, écrivain, animateur de radio à France Culture, il est aussi alpiniste et sur le tard avec l'âge compétiteur en ultra-trail!

    Dans ce livre, Etienne  Klein nous explique comment une sorte de force antigravitationnelle (sic) l'a conduit à se découvrir fait pour la montagne alors qu'il est né et a grandi dans l'Essonne.

    Il considère aussi que sans la Montagne, la physique quantique n'aurait peut-être pas vu le jour aussi tôt, la plupart de ses découvreurs étant de fait des passionnés des sommets. Il faut croire que s'arracher à la pesanteur rend les idées plus claires.

    Le livre est aussi l'occasion de réviser les expériences de Blaise Pascal sur la pression atmosphérique, de quelques considérations sur le vide, d'expliquer pourquoi le ciel est noir alors qu'il devrait être baigné de lumière avec toutes les étoiles qu'il contient... mais les étoiles vivent et meurent et certaines sont tellement loin que leur lumière ne nous est pas encore parvenue.

    Tout cela est fascinant et nous ouvre bien des horizons.

    La montagne c'est aussi et surtout une question de cordée, d'amitié, de courage, très bien illustrée par le texte admirable de Louis Lachenal sur les raisons qui l'ont conduit à accepter d'accompagner Maurice Herzog au sommet de l'Anapurna au prix de ses pieds gelés. Une question de cordée!

  • Lambeaux

    For-mi-da-ble! Très beau texte. J'ai revu Charles Juliet la semaine dernière à La Grande Librairie en compagnie de Jean-Marie Gustave Le Clezio, deux octogénénaires désormais. Charles Juliet est connu pour tenir un journal depuis plusieurs dizaines d'années qu'il publie à intervalles réguliers.

    Ici dans ce récit, il rend hommage à ses deux mères, l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse, la jetée dans la fosse et la toute donnée, autrement dit celle qui lui a donné le jour et celle qui l'a recueilli et élevé comme un de ses enfants.

    La première a subi un père autoritaire, taiseux, agriculteur, dans une ferme isolé, sans aucune ouverture, a connu un amour de jeunesse malheureux, a fait un mariage de circonstance, eu quatre enfants et a sombré dans la dépression avant de tenter de se suicider ce qu'il l'a conduit à l'hôpital psychiatrique où elle est morte de faim pendant la seconde guerre mondiale, victime comme beaucoup d'hospitalisés en HP d'une forme d'élimination par le régime de Vichy qui ne voulait pas dire son nom (40000 morts a priori).

    La seconde, déjà mère d'une famille nombreuse a recueilli l'enfant pour lui éviter d'être placé dans un famille d'alcooliques par son père. 

    Charles Juliet décrit ensuite son enfance paysanne, sa scolarité comme enfant de troupe, l'école de santé navale et sa découverte progressive de la littérature, lui qui est ignorant, qui le conduit à renoncer à devenir médecin. il travaille comme professeur de physique, puis il a la chance de rencontrer sa compagne qui va lui offrir le gite et le couvert et lui permettre de se consacrer à l'écriture, lui qui passe des jours et même des années sans parvenir à écrire ou à publier quoi que ce soit au point de tomber dans une grave dépression.

    Il va finir par se relever et parvenir à être le grand écrivain qu'il est devenu.

    Ce récit, il l'a écrit entre 1983 et 1995, 150 pages magnifiques! Et dire qu'il était dans ma bibliothèque et que je ne l'avais jamais lu!

  • Crime et châtiment

    Voilà qui est fait. Depuis le temps que je me disais qu'il fallait lire Crime et châtiment de Fedor MikhaÏlovitch Dostoïevski (1821-1881). Mort à soixante ans donc, encore jeune.

    Le deuxième confinement, je n'ose pas écrire le second, m'aura convaincu de passer à l'acte. j'ai donc passé presque tout le mois de novembre à Saint-Petersbourg, près de la place Sennaia, la place aux foins, avec un jeune étudiant, noble, miséreux, ayant abandonné ses études, mais brillant, un assassin, Rodion Romanovitch Raskolnikov (qui signifie schisme, coupure, l'intéressé s'est coupé du monde).

    Le crime de Raskolnikov consiste à tuer une vieille usurière à coups de hache, et sa soeur, malheureusement témoin du meurtre, à la voler puis à cacher le butin.

    Ce n'est qu'à la toute fin du roman à la page 651 que Raskolnikov avouera son crime à la police, sans que celle-ci ait réuni quelques preuve que ce soient et lors qu'elle s'apprête à renoncer à le soupçonner parce que un autre individu, Nicolas, s'est accusé pour d'obscures raisons du crime.

    C'est donc un roman éminemment psychologique qui nous ait offert. Raskolonikov n'est pas tout à fait convaincu lui-même d'avoir commis un crime. Il souligne souvent que d'autre personnage éminents, Napoléon ont des morts sur la conscience bien plus importants mais qu'ils sont néanmoins portés au pinacle parce que ces crimes était la condition de la réalisation d'interêt supérieur. Qu'est qu'une vieille usurière finalement. En quoi est -elle utile à la société?

    Mais à la différence des êtres supérieurs qu'il admire, Raskolnikov se rend compte qu'il n'en est pas un. Son crime le dévore, il ne l'assume pas finalement et a peur d'être démasqué, par sa famille, ses amis, la police. C'est une grande déception, il est comme tout le monde. Et il manque de courage. Il est tenté par le suicide. C'est Sonia, une petite prostitué, qui va le sauver.

    Crime et châtiment est aussi un portait passionnant de la Russie au temps d'Alexandre II, une Russie qui vient d'abolir le servage qui s'ouvre aux idées nouvelles : psychologie, sociologie alors que son prédécesseur Nicolas 1er pendant trente ans avait régné pour faire prévaloir l'autocratie, l'orthodoxie et l'a russie éternelle.

    C'est aussi un roman qui montre les ravages de la prostitution, de l'alcoolisme, de la pauvreté, de la faim.

    On peut le lire comme une fable sociale ou comme un roman policier.

    Et il faut se souvenir en le lisant qu'en 1849 Dostoïevsky fut condamné à mort pour délit d'opinion, attaché au poteau d'exécution avec ses camarades, puis gracié et condamné au bagne pour dix ans. Il écrira à la suite de ce séjour, Le souvenir de la maison des morts qui aura un retentissement un peu analogue à celui du Goulag de Soljenitsyne.

  • Fantaisies quantiques

    Sur la photo de couverture de cet ouvrage prise en 1911, on voit les meilleurs savants de l’époque réunis par Ernest Solvay pour un congrès de Physique à Bruxelles. On peut reconnaître Albert Einstein, Max Planck, Hendrik Lorentz, Jean Perrin, Ernest Rutherford, Paul Langevin, Arnold Sommerfeld, Henri Poincaré et, seule femme, Marie Curie. dix prix Nobel et deux de plus pour Marie Curie en physique en 1903 et en chimie en 1911.

    Ernest Solvay, inventeur d’un procédé industriel de fabrication de la soude et curieux des sciences physiques et en particulier de comprendre la matière avait eu l’idée de la réunion de ce conseil de physique. Des conseils qui allaient se réunir tout au long du XX siècle à intervalle régulier et scander les progrès de physique quantique, de la connaissance de l’atome à la théorie du big bang.

    Ne sont pas sur la photo mais ont pris le relais de leur maître Erwin Shrödinger, Paul Dirac, Wolfgang Pauli, Niels Bohr, Richard Feynman, Satyendra Nath Bose,  Bragg père et fil, Werner Heisenberg, Louis de Broglie, Joseph, John Thomson, George Gamow, l'abbé Georges Lemaître... et j'en passe.

    C’est Marina Solvay, l’arrière-arrière-petite-fille d’Ernest qui nous raconte, avec Catherin Doultremont, au travers de portraits vivants des acteurs de cette épopée, des controverses scientifiques, des débats, sur fond de Grande guerre, de montée du fascisme, d’exil des savants juifs en Amérique, de repli européen, cette magnifique avancée de la science. Magnifique même si cette aventure est aussi celle qui conduit à la suite du projet Manhattan à Hiroshima et à la perspective de la fusion nucléaire avec le projet ITER.

    j’avoue qu’on ne comprend pas toujours tout mais les portraits sont attachants, les anecdotes savoureuses et cela donne envie d’en savoir plus.