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Livre - Page 5

  • L'horizon chimérique?

    L'horizon chimérique c'est le titre d'un poème de Jean de la ville de Mirmont poète bordelais tué au combat en 1914.

    Espérons que l'horizon tracé par notre président en ce 13 avril 2020 ne sera pas chimérique.

  • Le fil du rasoir

    On somnolait chez nous, comme ça
    Dans notre jungle, le calme plat
    Il a déboulé dans l'soir
    En disant, "Mes malles
    Sont encore au port"
    Moi j'étais largué, classé
    Elle était bouche bée
    Et lui, c'était Robert Taylor
    Comme dans ces nouvelles pour dames
    De Somerset Maugham
     
    Alain Souchon
     
    Qui ne s'est pas laissé bercer par cette chanson ? sans avoir jamais des nouvelles ou un roman de William Somerset Maugham, anglais né à Paris à l'Ambassade du Royaume-Uni en 1875 et mort à Saint Jean Cap Ferrat en 1965.
     
    Dans ce roman publié en 1946 par Plon, il dissèque la société américaine des riches et des snobs. Il y a Elliott, un viel aristocratique sans doute bisexuel qui passe sa vie de réceptions en réceptions, marchand d'art, il migre au gré des invitation de New-York à Paris puis Londres et la Côte d'Azur, de saison en saison. Et puis, Isabel, riche américaine, avide d'argent, de boutiques de mode,, de dîners à la recherche d'un mari argenté qui lui apporte ce train de vie, ce sera Gray, un triste sire qui sera ruiné avec la crise de 1929, et surtout Larry, un jeune américain, peu fortuné, qui a été aviateur pendant la grande guerre et qui a vu sa vie sauvée par son meilleur ami qui s'est sacrifié pour lui. Depuis, il cherche...
    Isabel et Larry sont amoureux l'un de l'autre mais Larry ne peut se résoudre à embrasser une carrière dans la finance et donc Isabelle renoncera à l'épouser mais toute sa vie cherchera à le maintenir dans ses filets et à la ramener à lui. Et il y a le narrateur, William Somerset Maugham, Snob comme Elliott, cosmopolite comme Larry, tenté par le mysticisme.
    C'est désuet à souhait, un monde qui n'existe plus, mais le personnage de Larry en recherche de l'absolu dans une mine en Allemagne, dans un ashram en Inde reste d'actualité.
    Et c'est très bien écrit, on suit avec plaisir les rebondissements de cette histoire.

  • 21 leçons pour le XXI siècle

    Très facile à lire en anglais mais il existe une version française chez Albin Michel.

    J'avais été enthousiasmé par Sapiens, qui visait à retracer l'histoire d'homo sapiens, un peu moins par Homo Deus, qui visait  à imaginer le futur à long terme de Sapiens, et j'ai été plutôt déçu par cet essai sur les défis pour Sapiens au XXI siècle.

    D'abord parce que le livre manque d'unité. C'est une recomposition de diverses contributions à des revues ou magazines sur des thèmes qui se recoupent et donc en dépit de la tentative d'ordonnancement, il y a d'inévitables redites.

    Comme dans Sapiens, les enjeux sont bien soulignés mais les solutions restent à trouver... Celle évoquées laissent parfois réveur. Par exemple devant le constat que beaucoup de personnes peu qualifiées risquent de se trouver inutiles à l'avenir, irrelevant, Harari juge que le plus beau des jobs est sans doute de s'occuper des enfants, certes, mais avec quelles ressources?

    La principale leçon est sans doute que Sapiens n'est pas raisonnable : pourquoi par exemple Sapiens a-t-il autant peur du terrorisme, qui fait très peu de morts chaque année et n'a pas peur du sucre, du tabac ou de la pollution, beaucoup plus meurtriers?

    Harari dans le dernier chapitre propose comme solution la méditation, il la pratique deux heures par jour et fait une retraite par an.

    Au total le livre est assez pessimiste compte tenu des enjeux qui nous attendent : intelligence tificielle, bio technologies et notre addiction à nous raconter des histoires, qu'il s'agisse des religions ou autres storytelling qui

    n'ont de réalité que ce que nous voulons bien leur reconnaitre.

    Donc s''attacher à regarder la réalité en face est sans doute la seule conduite à tenir et il faut s'y tenir.

    Et puis, et la période s'y prête, se poser régulièrement pour réfléchir : diagnostic de la situation, opportunités, menaces, actions, les vieilles recettes autrement dit.

  • Lisière

    voici un bel ouvrage de Kapka Kabassova, une actrice comme on dit maintenant, bref une auteure bulgare aujourd'hui âgée de 47 ans qui émigra à la fin de son adolescence en Nouvelle-Zélande où elle étudia la français à l'université et qui vit lorsqu'elle ne voyage pas en Ecosse.

    Avec ce récit elle revient en Bulgarie, dans le sud aux confins de la Grèce et de la Turquie. Et c'est l'occasion d'une suite de récits qui mêlent histoire, mythologie, légendes, philosophie, géographie.

    Cette région méconnue aux frontières qui ont été déplacées maintes fois a vu passer des milliers de pauvres gens, réfugiés, fugitifs, militaires, garde-frontières, passeurs. Les populations ont été islamisées, christianisés, ont été obligées de changer de nom, de nationalité, ont dénoncé, été dénoncées, assassinées par les pouvoirs en place, les voisins, les mafias, les chercheurs de trésor. Les rappels historiques sont illustrées des témoignages des héros anonymes rencontrées par l'auteure, des personnes attachantes, d'une grande simplicité si ce n'est toujours dune grande moralité.

    La forêt, profonde, garde trace des thraces, ses premiers occupants, les rivières sont vivantes, les sources magiques mais tout cela sera bientôt du passé car les progrès est là qui arrive...

    Et pour ne rien gâcher, l'écriture est belle.

  • Guerre et paix

    Ce n'est pas une relecture mais un découverte. J'ai mis longtemps à m'y mettre et si vous êtes comme moi allez y, surtout en cette période de confinement. Les éditions Points ont retenu une version courte, Tolstoi a publié ce roman d'abord en feuilleton puis en plusieurs éditions toutes différentes. Cette version, ramassée, met l'accent sur les aspects romanesques au détriment de passages philosophiques prétendument trop longs.

    Peu importe, c'est une oeuvre brillante et attachante que l'on abandonne une fois lue avec regrets tant les personnages au fil des pages nous sont devenus familiers.

    Il y a bien sûr l'aspect historique, les conquêtes de Napoléon en Europe, Austerlitz, Borodino, la prise de Moscou, son incendie et la débâcle des français. L'opposition entre deux empereurs. L'un issu de la révolution française, Alexandre porté par une aristocratie rétrograde, autant que brillante.

    Il y a les batailles, sabre au clair, les stratégies militaires, dont Tolstoi nous explique qu'elle ne sont qu'apparentes, bricolées par les circonstances, l'essentiel étant de faire peur à l'adversaire pour qu'il fuit... les mesquineries entre les généraux, des deux côtés, la recherche de la gloire, des places, des honneurs, la misère des blessés...

    Il y a les salons de l'aristocratie russe à Petersbourg, on y parle français, on y est bienveillant chez les Rostov, fiers chez les Bolkonski,il y a les mariages à arranger, les dots à saisir pour les nobles désargentés, les planques dans les Etats-majors pour les fils de bonne famille, les vrais héros romantiques comme le prince Andrei, les bandits comme Dolokhov, les illuminés comme Pierre Bezooukhov, héritier richissime qui ne parvient à rien faire de sa vie, même si c'est une pure intelligence, les francs maçons, les grenouilles de bénitiers, les serfs oppressés par leur maîtres tout puissant.

    Il y a du fatalisme chez Tolstoi, l'homme est le jouet du destin et n'a guerre de prise sur lui. on vit, on meurt, on flirte, on se bat, on trahit, on pardonne...mais on ne fait pas l'histoire.

    Et il y a de la poésie : 

    "Comme les nuages glissent paisiblement, pendant que nous sommes là, à courir, lutter et crier. Pourquoi n'avais-je encore jamais remarqué la profondeur du ciel ? Comme je suis heureux d'avoir découvert cela. La guerre, la gloire, toutes ces choses auxquelles j'aspirais tant n'ont plus aucun sens. Tout est vanité, tout est tromperie, hormis l'immensité du ciel." Le Prince Andrei blessé sur le champ de bataille à Austerlitz. 

  • Port-Soudan

    Très beau Livre! Dans ce récit, Olivier Rolin qui s'est retiré depuis quelques années à Port-Soudan, loin de l'agitation parisienne, où il y survit de petits trafics, apprend la mort d'un de ses amis de jeunesse, à Paris.

    Il décide d'aller à Paris. et il enquête sur les dernières années de son ami. Auprès de sa femme de ménage, des voisins, il arpente le jardin du Luxembourg, il se rend à l'hôpital psychiatrique ou a séjourné son camarade, il évoque leurs années de révolutionnaires, sa dernière compagne, très jeune, habillée de blanc et de noir, qui a quitté son ami brutalement. La séparation, c'est pire que la mort, une espèce de trahison.

    C'est très beau, très bien écrit. 

  • The narrow corridor

    Désolé,  ce livre pas encore été traduit à ma connaissance en français. IL s'agit d'une vaste fresque qui analyse à partir de l'histoire des Etats sur l'ensemble des continents la relation entre l'Etat et la société. 

    Tous les cas sont possibles il peut y avoir une société forte sans Etat, c'est le cas de certaines sociétés dites primitives, comme les Tiv, un Etat fort sans société, la Chine de Mao par exemple. L'idéal est de se déployer au sein d'un étroit corridor où les pouvoirs de l'Etat et de la société se renforcent simultanément et se contrôlent mutuellement. C'est le parcours des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de bien d'autres. 

    Tous les cas de figure sont abondamment commentés appuyés sur des faits historiques et la leçon à retenir est que la vigilance s'impose, un pays peut sortir du corridor, la république de Weimar, par exemple, et il est difficile d'y rentrer.

    En France, il nous faut être attentif à équilibrer constamment pouvoir croissant de l'Etat et pouvoir de la société, des corps intermédiaires, autrement la sortie de route est possible. A bon entendeur...

    corridor2.jpg

    En ordonnée le pouvoir de l'Etat, en abscisse, celui de la société

  • Souvenirs dormants

    Hier je prends le train à Bordeaux pour me rendre à Paris et retour et je m'aperçois que j'ai oublié ma tablette où je lis en ce moment The narrow corridor un ouvrage de deux américains sur la démocratie à travers les âges et les pays. Heureusement, il existe encore quelques bons livres dans les librairies des gares. J'ai donc lu dans la journée Souvenirs dormants.

    Modiano a créé un genre, les souvenirs éparpillés qu'il recolle en général dans le Paris d'après-guerre. On a le sentiment qu'il y a une intrigue mais on ne saisit pas vraiment ses ressorts et à la fin on a le sentiment de n'avoir rien compris. Ce n'est pas grave, la lecture était agréable car à mon âge c'est un peu comme lire Je me souviens de Perec, on retrouve des réminiscence de ses propres souvenirs. J'ai fait de fait un excellent voyage. Je recommande vivement.

  • Vivre dans le feu

    C'est grâce à Christian Bobin que j'ai découvert Marina Tsvetaeva. Il l'évoque en deux pages dans son petit livre "Un bruit de balançoire".

    Regardez bien ce visage. C'est celui d'une martyre.

    Marina Tsvetaeva est une poète russe née en 1892 et décédé en 1941. Sa vie est une descente aux enfers. Son père a été le créateur du Musée des beaux arts de Moscou, sa mère une grande musicienne. Elle se marie très jeune et aura trois enfants. La révolution de 1917 la touche de plein fouet. Son jeune mari Serguei s'engage dans l'armée blanche, elle reste éloignée de la politique, trop indépendante d'esprit, pour elle, seule sa vie intérieure, son âme, importe et la protection de son mari et de ses enfants. La faim les menace, elle tue : sa fille cadette meurt de faim dans un orphelinat, elle s'exile en Tchécoslovaquie puis à Paris, survit en faisant des traductions en vers rimés mais elle échoue à s'intégrer dans l'émigration russe et dans les cercles littéraires de Paris.

    Serguei peu à peu se rapproche des valeurs soviétiques au point dans les années trente d'intégrer les services secrets soviétiques pour espionner l'émigration. Marina n'en sait rien toute concentrée qu'elle est à écrire -, traduire, élever ses deux enfants, pourvoir aux besoins du ménage (corvée de charbon, ménage, cousin , couture...) pour lequel Sergueii, tuberculeux, apporte peu de ressources et d'aide.

    Elle est sujette à des engouements successifs, la plupart du temps platoniques, envers des hommes et des femmes sur lesquels elle fait une fixation amoureuse, le plus souvent sans retour et va donc de déception en déception.

    Et puis son mari est impliqué dans l'organisation de l'assassinat d'un transfuge vers l'ouest d'un soviétique et est exfiltré en Russie par le NKVD. Sa fille, Alia,  puis Marina et son fils Nour sont eux aussi exfiltrés en 1939 à Moscou et là Beria fait arrêter sa fille puis son mari dans le but d'organiser un de ces procès dont la Russie a le secret.

    Sa fille Alia finira par avouer sous la torture l'appartenance de la famille aux services secrets français, Serguei n'avouera jamais. Il sera fusillé en 1941 sans que Marina le sache et Alia envoyé au goulag d'ont elle ne reviendra qu'en 1955.

    Acculé à la misère, sans aucune perspective, sans personne à protéger, Marina se pend dans l'appartement en Aout 1941. Son fils Nour va mourir sur le front en juillet 1944. Alia qui restera fidèle aux valeurs soviétiques rassemblera son oeuvre et toute sa correspondance et décédera en 1975. 

    Tzvetan Todorov en a extrait ses confessions  en un livre poignant et passionnant de bout en bout.

  • Pierre,

    Attention Poésie! Pas toujours facile. Dans ce récit, Christian Bobin nour relate le voyage qu'il effectua l'an dernier depuis sa maison du Creusot jusqu'à Sète pour aller rencontrer Pierre Soulages. C'est le récit d'une démarche pas de ses entretiens avec Soulages, récit de la démarche, de l'approche, d'une visite non annoncée, non préméditée. Bobin voyage en train, avec ses morts, ses anges, c'est très intérieur, on se laisse prendre par cette force de caractère, cette aspiration au dénuement, cette critique acérée de notre modernité. C'est beau, admirable, apaisant et aussi exigeant.