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Histoire - Page 2

  • Les pierres sauvages

    Les pierres sauvages est le titre de l'ouvrage écrit par Fernand Pouillon (1912-1986) lorsqu'il était en prison, accusé de malversations financières de ses partenaires dans l'exercice de son métier d'urbaniste et architecte, il sera amnistié par Pompidou un peu plus tard et recevra la légion d'honneur de Mitterand. Quoi qu'il en soit il a été un grand architecte, précurseur du développement durable, il préférait la pierre au béton.

    Avec Les pierres sauvages, qui est sans doute un auto portrait, Fernand Pouillon relate sous la forme du journal imaginaire du moine Guillaume Batz, les péripéties de la maitrise d'oeuvre de la construction de l'Abbaye du Thoronet dans le Var, une des trois merveilles de l'art cistercien en Provence avec Sénanque et Silvacane.

    C'est merveilleux! Quoi de plus beau que ce construire une abbaye au XII siècle. Il faut tout faire : extraire les pierres, les tailler, les affecter en fonction de leur qualité à tel ou tel usage, construire les outils, acheminer les autres matériaux, les vivres, diriger la communauté des moines et des convers, faire les plans, convaincre l'Abbé de l'Abbaye de Florielle, l'abbaye mère, de ses choix, arbitrer les conflits entre les personnes, faire face aux accidents du travail, parfois mortels, à sa propre santé, ne pas se décourager.

    Un livre magnifique qui ne laisse rien paraitre des convictions religieuses ou philosophiques de Fernand Pouillon.

     

  • Lettre à D.

    Les anciens comme moi se souviennent avoir lu Michel Bosquet Journaliste au Nouvel Observateur, pseudonyme d'André Gorz, un esprit toujours aiguisé, précurseur sur l'analyse de la société, du travail, sur la technique, sur l'écologie. Je n'ai jamais lu le philosophe André Gorz, disciple à ses débuts de Marx et de Sartre et qui introduira à la fin de sa vie des cohortes de lecteurs à la philosophie d'Ivan Illich.

    Sa lettre à sa femme Dorine ou Doreen est un petit texte publié un avant leur suicide conjoint en 2007, petit texte mais chef d'oeuvre, une grande lettre d'amour dans laquelle il s'interroge sur le fait que sa femme ait été aussi peu présente dans ses écrits malgré 58 ans de vie commune. Et pourtant Doreen l'a porté tout au long de sa vie tant il était peu sûr de lui, inquiet, pessimiste...

    Avec cette lettre il lui redit son amour comme axu premiers jours lorsqu'il décida sans en être certain qu'il valait le coup de vivre avec elle en s'engageant pour toujours puisqu'elle ne concevait pas qu'il puisse en être autrement! Elle avait raison.

  • Joseph en Egypte

    Ce tableau de Guido Reni (1575 - 1642) pour illustrer les deux ouvrages de Thomas Mann qui font suite aux Histoires de Jacob :  Le jeune Joseph et Joseph en Egypte. Ou comment le jeune Joseph, jalousé pour sa beauté et son intelligence par ses frères est jeté par eux au fond d'un puit, recueilli par des caravaniers qui font du commerce avec l'Égypte, vendu à l'Eunuque du Pharaon, Potiphar. Dans cet environnement a priori hostile pour un étranger, Joseph parvient à gravir tous les échelons du pouvoir au point de devenir l'intendant de Potiphar et de susciter l'envie irrésistible de sa femme, folle de désir amoureux, désir auquel il parviendra à résister, ce qui ne l'empêchera pas d'être accusé de viol et d'être de nouveau jeté en prison.

    Thomas Mann est vraiment un romancier remarquable, il parvient à créer un univers fascinant décrire, tous les sentiments humains, l'amitié, l'amour, le respect, l'envie, la jalousie. De très belles pages en attendant l'épilogue que sera Joseph, le nourricier.

    Ecrit sur une période de 20 ans à partir de 1924, cette tétralogie est tout simplement magnifique, elle montre aussi comment un étranger, un juif en l'espèce, est capable de s'intégrer dans la société égyptienne, la plus développée de l'époque, tout comparaison avec l'Allemagne des années trente n'étant pas tout à fait fortuite.

  • L'infini dans un roseau

    Irène Vallejo a 42 ans, elle est espagnole, elle a étudié la philologie classique, est diplômée des universités de Saragosse et de Florence et, avec L'infini dans un roseau, elle a écrit un chef d'oeuvre d'érudition sur l'histoire du livre et de la lecture. Ce pourrait être ennuyeux, truffé de notes de bas de page, bref scientifique mais au contraire cela se lit comme un récit, un conte et le lecteur va d'émerveillements en émerveillements. 

    Il est long le chemin qui mène des premières tablettes d'argile aux livre électronique d'aujourd'hui, en passant par le papyrus, le parchemin, les rouleaux, les incunables. Avant les inscriptions sur la pierre, comme encore aujourd'hui sur les tombes, les arbres, pour les amoureux, les histoires étaient transmises oralement, l'écriture, le livre, ont permis de les fixer, mais combien d'histoires perdues, transformées au fil du temps.

    Le livre a t'il encore un avenir? Très certainement, il a survécu à toutes les révolutions technologiques, à toutes les tentatives d'autodafés, 

    Le livre a permis de doper l'espérance de vie des idées, des histoires, il n'est pas prêt de s'éteindre.

  • Salammbô

    La véritable héroïne de ce Roman c'est Carthage. Flaubert était fascinée par l'antiquité, il n'aimait pas son époque, il a fait plusieurs voyages en Orient et les voyages au XIX siècle ne se faisaient par avec Ryanair! C'était une véritable aventure! Dont il est revenu malade de la Syphilis avec une chrétienne ou une musulmane la même nuit, il ne sait pas. mais il a aussi étudié pour écrire ce roman, les paysages, les odeurs, les ruines, la mer, le désert et lu tout ou presque ce qui a été écrit sur les guerres puniques

    L'histoire raconte donc un épisode des guerres puniques, la tentative par Rome de la  prise de Carthage qui fait appel à des mercenaires de toutes nationalités, il y  a des arabes, des gaulois... qui permettent de la sauver mais qui réclament leur dû, dû que Carthage dont les finances sont au plus mal refuse de payer d'où le retournement des  mercenaires qui assiègent de nouveau Carthage, retournant leur alliance. Et il y a Salaambo, princesse de Carthage , la fille du général carthaginois Hamilcar, également prêtresse de Tanit la Déesse de la Lune qui se fait voler le voile sacré de la Déesse par le chef des mercenaires tombé éperdument amoureux de la princesse. Elle va devoir aller le chercher pour sauver Carthage sur l'insistance des prêtres au prix de sa réputation.

    S'en suit un déchaînement de violences, de combats corps à corps, de famines, de trahison, de vengeances, d'exécutions, de tortures que Flaubert décrit avec forces minuties.

    On s'y croit, cela devrait dissuader de porter la guerre, d'écouter la vois des dieux mais on sait depuis que non, cela ne sert pas, la littérature est impuissante devant la folie des hommes.

    Salaambô était dans ma bibiothèque depuis un moment et j'ai fini par le lire , sans regret, c'est magnifiquement écrit et on comprend bien le souci qu'avait Flaubert de la recherche du style, du mot exact, c'est prodigieux de véracité.

  • Les histoires de jacob

    Premier tome sur quatre de Joseph et ses frères de Thomas Mann. Une oeuvre recommandée récemment par Edger Morin lors de sa dernière émission à La Grande Librairie.

    La première publication date de 1933 en allemand et de 1935 en Français. Pas facile à trouver en librairie.

    Le début des histoires de Jacob est assez déroutant, hermétique et un peu difficile mais il faut s'accrocher. Ensuite ce ce n'est que du bonheur et on se laisse prendre par le récit. Le récit reprend ce que la bible nous raconte, la colère d'Esaü dépouillé de son droit d'ainesse par son frère jumeau Jacob auprès de son père Isaac, pas la ruse sur l'instigation de leur mère Rebecca, la fuite de Jacob menacé de mort auprès de son oncle Laban, sa servitude auprès de lui, son mariage avec Rachel auquel est substituée la nuit de noces Léa sa soeur ainée, la longue stérilité de Rachel, et in fine son retour avec toute sa famille, Léa, Rachel, ses deux concubines, ses enfants, Joseph, le fils ainé de Rachel, la naissance de Benjamin et la mort qui s'ensuit de Rachel

    On peut trouver que Jacob est assez immoral, rusé, agile, mais immoral. En effet pour obtenir la bénédiction de son père Isaac en tant qu'ainé il se fait passer pour Esaü abusant de la cécité de son père en se recouvrant d'une peau de bête. Pourquoi? Esaü a déjà montré son peu de responsabilité en vendant son droit d'ainesse pour un plat de lentilles. Jacob en rusant va se substituer à Esaü pour l'exercice de ce droit d'ainesse, C'est donc au profit d'autrui qu'il utilise la ruse et non à son propre profit, il a le souci des autres. et Isaac, le fils d'Abraham ratifiera ce choix.

    Mais Jacob sera mis à rude épreuve, s'il a dupé Isaac, pour obtenir sa bénédiction, il sera dupé par Laban son beau-père qui va en outre l'exploiter pendant une bonne vingtaine d'années, heureusement, il est sous la protection de Dieu qui lui a promis après cet exil de la faire revenir sur sa terre après avoir donné naissance aux douze tribus d'Israël. Il s'en sort bien renforcé par les épreuves.

     

     

  • Miroir de nos peines

    C'est la suite de Au revoir là-haut et de Couleurs de l'incendie. la fin d'une trilogie mais il y en aura peut-etre d'autres. je l'ai lu un peu par fidélité au souvenir des deux premiers tomes. Le premier était merveilleux, l'histoire d'une gueule cassée, le second de bonne tenue, autour de l'incendie du Bazar d la charité.

    Celui-ci tient en haleine. L'action se déroule à la fin de la drôle de guerre, on est au début du roman sur la ligne Maginot avec deux soldats français qui vont vivre la débâcle, puis l'exode au milieu de dizaines de milliers de parisiens, être accusés de trahison de pillage, faits prisonniers, par une armée française ou ce qu'il en reste, perdue entre les ordres et les contre-ordres, la ravitaillements qui n'arrivent pas. Et parmi ces réfugiés, il y a Louise, une institutrice, à la recherche de ses origines, partie avec Jules le patron du bistrot ou elle se fait des compléments de revenus, tout ce qu'il y a de plus honnêtes. Et il y le délicieux Désiré, un opportuniste, un usurpateur, qui fait le bien autour de lui, tour à tour, avocat, porte parole du quai d'Orsay, prêtre, 

    C'est très bien écrit, haletant, on ne s'ennuie pas un instant, et on se voit conforté dans l'idée bien établie mais à raison sans doute que dans de telles circonstances, les hommes et les femmes se révèlent, les héros, les veules, les traitres, les sans scrupules, les saints...

  • Jusqu'à la fin des temps

    Brian Greene nous propose dans cet ouvrage érudit mais accessible un long voyage des premiers instants qui ont suivi le big bang , la création de l'univers, jusqu'à la fin du monde, la fin de notre univers.

    Brian Greene est professeur de mathématiques et de physique à l'Université Columbia de New-York. Il est un des pères de la théorie des cordes, théorie qui veut unifier la physique classique et la mécanique quantique et qu'il a essayé de présenter pour les non initiés dans son ouvrage "l'Univers élégant".

    Depuis le Big bang, il s'est écoulé 13,8 milliards d'années. Pour donner une idée de l'ampleur du temps qu'il considère Brian Green fait l'analogie suivante:  la chronologie cosmique s'étend sur toute la hauteur de l'Empire State Building, 110 étages. Mais chaque étage représente une durée dix fois plus longue que l'étage présent. Le premier étage dure dix ans, le deuxième 111 ans, le troisième un millénaire etc. actuellement, au temps présent nous sommes au dixième étage, quelques marche après.

    Une approche scientifique, avec de la physique, de la mécanique quantique, de la chimie, de la biologie, de la philosophie, de l'anticipation.

    Et la réponse à la question pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Pourquoi la vie est-t-elle arrivée sur notre planète. Réponse : les chances, la probabilité, d'apparition de la vie étaient extrêmement faibles mais sur un temps très long un évènement d'une probabilité très faible, infime finit toujours par arriver.

    Nous sommes le fruit du hasard. De la loi de la gravité et de la loi de l'entropie qui veut que tout système organisé tende à se désorganiser. Une chemise repassé finit froissée, les étoiles meurent après avoir épuisé leurs réserves d'hydrogène, nous mêmes, être humain, assemblage de particules bien ordonnées finissont pas mourir du fait du dysfonctionnement de tel ou tel organe coeur, cancer...

    L'univers, en perpétuelle expansion, finira aussi lorsqu'il atteindra le 110 étage, par ressembler à un nuage de particules désordonnées, dans un espace froid et stérile. Plus d'étoiles, de galaxies, de planètes de trous noirs, l'espèce humaine aura elle disparue depuis longtemps. D'autres formes de vie plus adaptées à des environnements différents seront peut-être apparues entre temps. Qu'importe, l'essentiel est d'admettre qu'il n'y a pas de grand dessein à découvrir et qu'il nous appartient simplement  de comprendre ce que nous sommes et en quoi l'univers nous a permis d'exister.

  • Ohio

    Fresque terrifiante des Etats-Unis du début de ce siècle. Cela se passe dans l'Ohio, on l'aura deviné et les portraits entrecroisés de quatre trentenaire qui ont été au lycée ensemble dans la petite ville de New Cannaan sont terrifiant en ce qu'ils décrivent les ravages causés par la désindustrialisation qu'a connue la Rust Belt, la ceinture rouillée, les guerres en Irak et en Afghanistan, et puis la drogue, l'alcool, la sexualité débridée, les viols.

    Il y a Bill Ashcraft, un ancien activiste humanitaire qui est devenu toxicomane et qui ne sait plus où il est mais qui doit trouver le fric nécessaire à ses addictions, Stacey Moore, lesbienne assumée, qui a perdu sa petite amie disparue on ne sait où et qui règle ses comptes avec son frère évangéliste, Dan Eaton, vétéran d'Irak qui vit avec ses fantômes, ses camarades disparus et qui peine à retrouver son amour de jeunesse avec son oeil en verre et Tina Ross, bien déterminée à se venger du viol collectif dont elle a été victime lorsqu'elle était au lycée. 

    C'est violent, cru, à vous faire désespérer de l'Amérique, c'est peut être aussi notre avenir.

  • Michel Yourievitch Lermontov

    Il est beau dans son uniforme et il n'a pas eu le temps de vieillir! 1814 - 1841!

    Pourquoi lire Lermontov? Pour se convaincre que la Russie ne change pas au moment où Navalny est incarcéré après avoir fait l'objet d'une tentative d'empoisonnement.

    Fils d'un petit gentilhomme de lointaine origine écossaise, Lermontov perd sa mère à trois ans, son père à dix sept, il est élevé par sa grand-mère à Moscou puis à Petersbourg. Il est fasciné par les poètes russes et particulièrement par Pouchkine mais un peu par hasard il choisit la carrière militaire et entre à l'école des officiers des hussards de la Garde. Il mène alors une vie de salon à Petersbourg qui lui inspirera La princesse Ligovskoi, et lui permettra d'amorcer sa critique  de la vie sociale russe. Mais ce roman est inachevé car à la mort de Pouchkine, Lermontov publie un poème, qu'il adresse à :

    Vous bourreaux du Génie et de de la Liberté

    un poème vengeur qui s'achève par ses mots :

    De tout votre sang vil vous ne le laverez pas

    Le sang de juste du poète.

    Il est exilé en conséquence à plusieurs reprises dans le Caucase puis exclu définitivement de la Garde et exposé aux combats. Il y compose son oeuvre la plus achevée Un héros de notre temps, avec ses trois récits Belle, Un fataliste et Taman. Son héros Pietchorine, qui était un cynique égoïste dans La princesse Ligovskoi devient ici le représentant d'une génération qui aurait voulu être héroïque mais qui condamnée à l'inaction à la suite de répression contre les décembristes se replie sur elle-même et cultive un fatalisme sans espoir.

    Lermontov dont plusieurs ouvrages comme Le démon seront censurés et interdit à la publication va mourir lors d'un duel que d'aucuns considèrent comme un assassinat déguisé.

    La proscription de cet écrivain annonce la suite, le goulag soviétique, la circulation clandestine des œuvres de l'esprit, les samizdat...

    La Russie a un côté éternel décevant.