Le malheur d'avoir de l'esprit
Malheur à celui qui a raison contre tous, Malheur à l'anticonformiste!
Dans cette pièce en vers d'Alexandre Griboîedov (1794-1829), Tchasky, qui n'est autre que le double autobiographique de l'auteur, revient à Moscou après trois années passées à l'étranger dans de lointaines provinces. Il n'est pas attendu et il retrouve la jeune femme dont il était épris avant de partir, Sophie, dont le père est l'archétype de la vieille noblesse russe, une noblesse carriériste, corrompue, veule, amorale.
Le père de Sophie, Famoussov, ne compte pas du tout favoriser les projets de Tchasky, son secrétaire particulier a sa préférence et Sophie se prête à cette stratégie sans se rendre compte que l'intéressé lui préfére la soubrette, Lise.
Tchasky dans cette société mondaine où tout le monde se regarde, se rend des services, essaie de dépasser d'un cheveu le statut de son voisin, recommande ses proches, se targue, lui, de dire la vérité, de dénoncer la veulerie, les comploteurs, les décembristes qui font des révolutions de salon mais pour qui ce n'est jamais le moment de passer à l'action.
Cette pièce fut interdite bien entendu, trop corrosive et son auteur n'en vit pas la mise en scène officielle de son vivant.
En effet Alexandre Griboîedov, lui-même issu d'une noblesse peu argentée mais qui "comptait ses aieux" vécut une jeunesse assez tapageuse, s'engagea dans l'armée, pour servir puis démissionna pour occuper grâce à des protections, une sinécure comme traducteur aux Affaires étrangères. il fréquenta le salons littéraire, sans pour autant être dupe de cette vie pleine de vanités.
A la suite d'un duel qui tourna mal, il s'engagea dans la carrière diplomatique en Perse. Puis le complot des décembristes dont il ne faisait pas partie mais dont il connaissait plusieurs membres le conduisit à être incarcéré un moment avant d'être blanchi. Il retourna en Perse pour négocier la rapatriement de prisonniers russes et trouva la mort à Téhéran à la suite d'une émeute à l'Ambassade de Russie au cours de laquelle une foule vengeresse massacra tous les russes présents. Il avait 36 ans
il est dit que Stendhal a dicté ce roman en un peu moins de soixante jours. C'est un roman total, un roman d'aventures, un roman d'amour, un roman qui décrit bien la vie dans une petite cour princière, avec ses intrigues, ses manoeuvres, ses coups de main, ses espions, ses prisons, ses ambitions, ses jalousies, ses victimes. Fabrice est un héros valeureux, courageux, un peu illuminé, bravache, malin, objet de désirs amoureux de sa duchesse de tante, de la jeune Clelia, de bien d'autres, haï par les soupirants de la duchesse et de Clelia...C'est bien enlevé, la fin est abrupte et le destin des personnages tragique car finalement aucun ne réalise ses ambitions...