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Cinéma - Page 2

  • Incendies : le film

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    J'avais vu la pièce du libano-canadien Wajdi Mouawad (cf. Chronique du 29 octobre 2008), puis lu la pièce et naturellement je suis allé voir le film. Je ne peux pas décrire l'impression que peut donner le film lorsqu'on a pas vu la pièce, pas lu le texte magnifique de Wajdi Mouawad.

    Mais en recherchant ma chronique, je ne me rappellais pas qu'elle était si ancienne, plus de deux ans déjà alors que tous les élements de la pièce étaient encore bien présents dans ma tête et me revenaient en mémoire au fur et et à mesure du déroulement du film.

    C'est dire si le texte de Mouawad est fort. Je ne me souvenais pas en revanche, que l'action ne se plaçait pas explicitement au Liban mais dans un pays arabe indéterminé. Le film est d'ailleurs tourné en Jordanie. On ne vopis jamais la mer... Sera-t'il projeté au Liban?.

    Au moment où le Liban fait de nouveau un pas vers l'affrontement avec la chute de son gouvernement d'union nationale, il est plus que jamais nécessaire d'aller voir Incendies de Denis Villeneuve pour comprendre l'âme humaine, ses sentiments, la quête des origines, la capacité qu'a l'homme de détruire et de pardonner.

  • Les mystères de Lisbonne

    lisbonne.jpgC'était la nuit la plus longue de l'année pour le film le plus long de l'année. Entrée au cinéma Utopia à Bordeaux à 19 heures et sortie à minuit. Quatre heures et demi entrecoupées d'un petit entracte de dix minutes.

    Les Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz est un film magnifique. L'action se passe au XIX siècle et raconte la quête d'identité d'un jeune homme de 15 ans, Joao/Pedro, élevé dans un pensionnat par le prêtre Diniz.

    On pense irrésistiblement à Alexandre Dumas, l'histoire de chaque personnage s'imbrique avec celle des autres et Diniz a des côtés dignes de Monte-Christo, multiples facettes, défenseur de la veuve et de l'orphelin, la vengeance en moins.

    Les décors sont somptueux, les costumes magnifiques, on a le sentiment de se promener de palais en palais, les acteurs, tous inconnus à mes yeux, jouent juste.

    Preuve est ainsi faite que l'audace paie, qu'il n'y a pas de format imposé pour les grandes oeuvres, que le cinéma peut être grand sans effet spéciaux, sans scènes de violences ou de sexe, simplement en racontant des histoires.

    Les Mystères de Lisbonne vient de recevoir le Prix Louis Delluc, le gage d'un séjour prolongé sur les grands écrans avant d'être diffusé par Arte l'an prochain. Quant au roman de Camilo Castelo Branco, paru en trois volumes en 1854, une traduction française paraitra également en 2011, avec quelques 150 ans de retard!

  • Un homme qui crie

    tchad.jpgUn beau petit film d'un réalisateur tchadien, Mahamat-Saleh Haroun, avec des acteurs africains.

    J'ai pu revoir des images de Ndjamena, de l'avenue Charles de Gaulle, l'hotel le Méridien, le Chari (le fleuve), la savanne, les couleurs du Tchad, les tchadiens et leurs beaux costumes, leur fierté.

    Allez voir ce fim simple, lent, si vous le pouvez, vous partagerez la détresse d'uin homme dans la guerre civile, la détresse de la jeunesse... vous entendrez le bruits des mirages des forces françaises. Cela se passe tous les jours, là-bas, dans cette ville qui s'appelait avant 1973 Fort Lamy.

  • Des hommes et des dieux

    affiche-des-hommes-et-des-dieux_jpg_300x365_q95.jpgBeaucoup d'effervescence au cinéma Jean Eustache de Pessac en cette fin d'après-midi de dimanche. On y projetait le beau film de Xavier Beauvois sur les moines de Tibéhérine et surtout, à l'initiative du Secours catholique cette séance était suivie d'une débat avec Mgr Henri Teissier, archevêque d'Alger de 1988 à 2008 (évêque d'Oran à partir de 1972 puis coadjuteur du cardinal Duval à Alger de 1980 à 1988) . Il y a 600 bénévoles du Secours catholique en Gironde, la grande salle du cinéma était pleine d'un public conquis d'avance.

    Le film est fort, on ne voit pas le temps passer. Il décrit bien la vie monastique, les liens tissés entre cette communauté de neuf cisterciens et les villageois, la peur suscitée par les actes terroristes, les interrogations, la tentation du renoncement, la solidarité. Les moines se croient des oiseaux sur une branche mais ce sont les villageois les oiseaux et les moines la branche au dire d'une voisine musulmane. Ces moines vont vivre comme Jésus leur Passion. Le final du Lac des cygnes de Tchaikovsky ajoute à la dramatisation de la situation.

    teissier.jpgLe débat avec Mgr Henri Teissier a été d'une grande tenue. Qu'en retenir? Que les moines de Tibéhérine n'ont pas été les seules victimes chrétiennes de cette guerre civile en Algérie. Religieuses, pères blancs, institutrices, l'évêque d'Oran, les martyrs chrétiens se comptent par dizaines. Et les victimes musulmanes par milliers. Que le danger, l'insécurité étaient partout, pas spécifiquement dans la région où se situe le monastère. Les moines ne sont pas restés sachant qu'ils allaient mourir, c'était une hypothèse, pas une certitude. Que les chrétiens d'Algérie ont reçu des témoignages individuels de musulmans déchirés, humiliés, honteux de l'image de leur pays, de leur religion, donnée par les groupes terroristes et l'armée, les moines appelaient les premiers nos frères de la montagne et les seconds nos frères de la plaine. Que l'Eglise en Algérie est encore vivante, qu'elle a survécu à ces drames. Et puis, que l'intolérance n'est pas musulmane, Mgr Henri Teissier a rappelé que jeune séminariste à la Catho de Paris au 21 rue d'Assas, il voisinait avec l'ossuaire des 120 religieux assassinés au nom de la Liberté par les révolutionnaires en 1792...

    Une belle lecon de tolérance, de fidélité, d'amour, de courage donnée par des chrétiens mais qui pourraient tout aussi bien être le fait de musulmans, de juifs, d'agnostiques ou d'athés, car dans cette affaire c'est le respect de l'autre, le respect de l'homme qui doit tenir de ligne de conduite. Peut-être que croire en Dieu aide car comme le dit le frère Christian à un frère hésitant : ta vie tu l'as déjà donnée.

  • Roman -photo

    Le roman-photo est un genre désuet pas très prisé par les intellectuels. C'est pourtant cette forme que Lina Saneh et Rabih Mroué ont retenu pour transposer au théatre, à leur façon, le film d'Ettore Scola, Une journée particulière, au Liban.

    En 1938, tous les romains étaient allés assister à la rencontre d'Hitler et de Mussolini et la ville s'était comme trouvée vide de ses habitants. Seuls Antonietta était restée à la maison pour faire le ménage et Gabriele, un intellectuel esseulé, chez lui dans l'appartement d'en face. C'est la rencontre de ces deux solitudes incarnées par Sophia Loren et Marcello Mastroianni que raconte Une journée particulière.

    Au Liban, nos auteurs imaginent une journée marquée par deux manifestations, celles de la majorité gouvernementale dite du 14 mars et celle de l'opposition dite du 8 mars. il en effet impossible d'imaginer un évènement qui puisse rassembler tous les libanais.

    1477,scale199,photo-romance-photo_portrait.jpgToute la famille de Lina est partie manifester avec le 8 mars. Lina, divorcée, revenue dans sa famille, doit faire le ménage, la vaisselle, la cuisine. Elle va par ahssard rencontrer Rabih, un intellectuel, ancien communiste, licencié de son journal pour avoir posé une question "gênante".

    Cette rencontre, Lina Saneh et Rabih Mroué nous la racontent sur une immense scène ou Lina Saneh joue le rôle du metteur en scène et Rabih Mroué celui du censeur de la Sureté générale. Lina Saneh  explique au censeur en quoi son projet de transposition diffère du film original et est conforme aux règles de la censure, qu'il s'agisse de politique, de religion ou de sexe.

    Et l'on voit donc défiler sur un écran les photos en noir et blanc de cette journée particulière libanaise avec les dialogues lus, joués, en direct sur le plateau.

    L'occasion d'expérimenter de nouvelles formes théatrales, de déconstruire le récit, de rompre avec la linéarité de la narration. Une belle réussite, à voir salle Boris Vian, à la Grande halle de la Villette jusqu'au 24 avril.

  • Huis clos iranien

    aproposdelly.jpgEn allant voir A propos d'Elly, le beau film d' Asghar Farhadi, on se rejouit à l'avance de découvrir un autre visage de l'Iran que celui que donne ses dirigeants et plus généralement les journaux qui ne cessent de nous parler du danger que ce grand pays représente avec son programme nucléaire.

    Le scénario du film est attrayant : trois jeunes couples, accompagnés de leurs enfants, mais aussi d'Elly, l'institutrice d'un des enfants et d'Ahmad, travailleur immigré en Allemagne, en vacances pour dix jours, s'en vont joyeusement passer un week-end au bord de la mer Caspienne. On les voit faire le ménage de la villa, chanter, rire, danser, jouer au volley, au mime... tout se passe bien, les iraniens sont comme tout le monde, c'est rassurant.

    Et puis Elly disparait. Et là, le film bascule et l'on découvre, il n'est pas possible de tout raconter, combien le mensonge est au coeur des relations entre ces huit personnes qui passent ces trois jours ensemble. Le mesonge est partout parce que les rôles des hommes et des femmes restent marqués par la tradition, les poids des interdits, du sens de l'honneur, de la famille sont encore beaucoup trop lourds pour que ces jeunes couples qui nous ressemblent par certains côtés soient déjà entrés dans la modernité.

    La société iranienne a encore du chemin à faire même si elle est sans doute sur la bonne voie.