Les mystères de Lisbonne
C'était la nuit la plus longue de l'année pour le film le plus long de l'année. Entrée au cinéma Utopia à Bordeaux à 19 heures et sortie à minuit. Quatre heures et demi entrecoupées d'un petit entracte de dix minutes.
Les Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz est un film magnifique. L'action se passe au XIX siècle et raconte la quête d'identité d'un jeune homme de 15 ans, Joao/Pedro, élevé dans un pensionnat par le prêtre Diniz.
On pense irrésistiblement à Alexandre Dumas, l'histoire de chaque personnage s'imbrique avec celle des autres et Diniz a des côtés dignes de Monte-Christo, multiples facettes, défenseur de la veuve et de l'orphelin, la vengeance en moins.
Les décors sont somptueux, les costumes magnifiques, on a le sentiment de se promener de palais en palais, les acteurs, tous inconnus à mes yeux, jouent juste.
Preuve est ainsi faite que l'audace paie, qu'il n'y a pas de format imposé pour les grandes oeuvres, que le cinéma peut être grand sans effet spéciaux, sans scènes de violences ou de sexe, simplement en racontant des histoires.
Les Mystères de Lisbonne vient de recevoir le Prix Louis Delluc, le gage d'un séjour prolongé sur les grands écrans avant d'être diffusé par Arte l'an prochain. Quant au roman de Camilo Castelo Branco, paru en trois volumes en 1854, une traduction française paraitra également en 2011, avec quelques 150 ans de retard!
Un beau petit film d'un réalisateur tchadien, Mahamat-Saleh Haroun, avec des acteurs africains.
Beaucoup d'effervescence au cinéma Jean Eustache de Pessac en cette fin d'après-midi de dimanche. On y projetait le beau film de Xavier Beauvois sur les moines de Tibéhérine et surtout, à l'initiative du Secours catholique cette séance était suivie d'une débat avec Mgr Henri Teissier, archevêque d'Alger de 1988 à 2008 (évêque d'Oran à partir de 1972 puis coadjuteur du cardinal Duval à Alger de 1980 à 1988) . Il y a 600 bénévoles du Secours catholique en Gironde, la grande salle du cinéma était pleine d'un public conquis d'avance.
Le débat avec Mgr Henri Teissier a été d'une grande tenue. Qu'en retenir? Que les moines de Tibéhérine n'ont pas été les seules victimes chrétiennes de cette guerre civile en Algérie. Religieuses, pères blancs, institutrices, l'évêque d'Oran, les martyrs chrétiens se comptent par dizaines. Et les victimes musulmanes par milliers. Que le danger, l'insécurité étaient partout, pas spécifiquement dans la région où se situe le monastère. Les moines ne sont pas restés sachant qu'ils allaient mourir, c'était une hypothèse, pas une certitude. Que les chrétiens d'Algérie ont reçu des témoignages individuels de musulmans déchirés, humiliés, honteux de l'image de leur pays, de leur religion, donnée par les groupes terroristes et l'armée, les moines appelaient les premiers nos frères de la montagne et les seconds nos frères de la plaine. Que l'Eglise en Algérie est encore vivante, qu'elle a survécu à ces drames. Et puis, que l'intolérance n'est pas musulmane, Mgr Henri Teissier a rappelé que jeune séminariste à la Catho de Paris au 21 rue d'Assas, il voisinait avec l'ossuaire des 120 religieux assassinés au nom de la Liberté par les révolutionnaires en 1792...
Toute la famille de Lina est partie manifester avec le 8 mars. Lina, divorcée, revenue dans sa famille, doit faire le ménage, la vaisselle, la cuisine. Elle va par ahssard rencontrer Rabih, un intellectuel, ancien communiste, licencié de son journal pour avoir posé une question "gênante".
En allant voir A propos d'Elly, le beau film d' Asghar Farhadi, on se rejouit à l'avance de découvrir un autre visage de l'Iran que celui que donne ses dirigeants et plus généralement les journaux qui ne cessent de nous parler du danger que ce grand pays représente avec son programme nucléaire.