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  • Home

    home.gifEst-on jamais chez soi quand on est afro-américain? Ce court roman, presque une nouvellei raconte de façon très poétique la vie de Frank Money, un ancien combattant de la guerre de Corée qui revient chez lui, at home, à Lotus, en Géorgie, le pire endroit de la terre, et de sa petite soeur, Cyndra.

    Toni Morrisson nous fait toucher du doigt la dure condition et l'adjectif est faible, l'indicible condition des noirs américains dans les années cinquante.

    Ségrégation raciale, crime de guerre, abus de toutes sortes, rien n'est épargné aux deux jeunes gens. Comment se construire dans ces conditions?

    Le roman est écrit comme un puzzle et ce n'est qu'à la fin que toute les pièces s'assemblent comme par miracle. Je vais le relire en français pour en apprécier toute la finesse d'écriture.

  • 14

    cvt_14_4176.jpegCinq hommes, des vendéens, partent à la guerre. Blanche, les mains sur le ventre attend le retour de deux d'entre eux. Qui reviendra, dans quel état? En moins de 120 pages, Jean Echenoz nous taille un portrait des quatre années de la grande guerre dont on va bientôt célébrer le centenaire. Célébrer ou  commémorer, il n'y a pas de quoi pavoiser. En quelques lignes, on comprend rapidement qu'au delà des enjeux stratégiques, c'est une boucherie. Cette guerre on la vit là de l'intérieur, il n'y a pas grand chose à comprendre, au delà du tumulte, du bruit, de la feraille, du sang, des tiques, des poux, de la gadoue, des rats, des blessures franches qui garantissent un retour à l'arrière, des gendarmes, des fusillés, des mutilés, des gaz...

    J'ai revu en lisant ces lignes les visages de mes grands pères, de mes grands oncles, leur dignité de grands blessés, dans leur corps parfois, dans leur âme toujours.

    Un grand merci à Jean Echenoz pour ce livre salutaire.

  • Le bateau Ivre

    Rimbaud avait dix-sept ans lorsque pour la première fois il a déclamé Le Bateau Ivre à ses amis depuis le 1er étage d'un café aujourd'hui disparu, place Saint Sulpice à Paris. C'était en 1871. La Fondation Tegen Beeld de Leyde, aux Pays-Bas, a imaginé que ce jour là le vent soufflait fort depuis la place Saint Sulpice et s'engouffrait dans la rue Férou qui conduit au Sénat. On peut donc lire le fameux poème  écrit à la main sur le mur de pierres de la rue Férou de droite à gauche.

    Vive l'Europe! Le  défi consiste à apprendre  le bateau ivre par coeur... ou à vérifier que l'on s'en souvient!

     

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  • Noces

    albert camusLivre étrange, livre de jeunesse pour partie écrit avant la guerre et livre passionnant.

    Dans Noces, un ensemble de quatre nouvelles ou plutôt d'essais écrits en 1937 et 1938, Camus célèbre son Algérie, le soleil, la mer, Alger, Djémila, Oran, le désert., le vent...

    Dans l'Eté, le propos est plus philosophique avec parfois des jugements étonnants sur l'homme algérien sans histoire et sans intelligence, fait pour jouir du soleil et de la mer au contraire de l'italien ou de l'espagnol par exemple qui sont riches de leur passé...

    Le plus beau texte est celui intitulé Les amandiers, écrit en 1940, il ne fait que quatre pages, une réflexion sur la lutte permanente entre la force et l'esprit. Reprenant Nietzsche, Camus fait l'éloge des vertus conquérantes de l'esprit, la force de caractère, le goût, le monde, le bonheur classique, la dure fierté, surtout la force de caractère...

    On a en bien besoin.

  • Oncle Vania

    P1000299.JPGAprès une petite collation au Foyer bar du théatre de l'Athénee ou l'on sert d'excellentes spécialités italiennes, on plonge dans le petit monde rausse cher à Tchekhov, un médecin revnu de tout, un vieux professeur, sa fille pas très belle qui rêve d'un amour impossible, sa seconde femme, jeune et belle qui s'ennuie... et Vania qui au terme d'une vie de labeur voit tout ce petit monde s'échapper sans lui reconnaire sa dette... : mesquineries, désirs, déceptions, renoncements, vodka. Elle n'est pas gaie l'humanité. La mise en scènce de Christian Benedetti est analogue à celle de La Mouette (cf. Chronique du 4 octobre), décor minimal, costumes ordinaires, diction rapide entrecoupée de longs silences, les acteurs sont ceux de La Mouette ou presque, on s'amuse à les reconnaitre, en une heure et quart, on se retrouve dans la rue Auber, il faut doux, on peut rentrer...

  • Lettre persane 86 - Toujours d'actualité

     

    Lpersanesmarteau.jpgTu sais Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avaient formé le dessein d'obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollué, tandis qu'il garderait dans son sein ces infidèles.
        C'était fait de la grandeur persane, si dans cette occasion l'aveugle dévotion avait été écoutée.
        On ne sait comment la chose manqua; ni ceux qui firent la proposition, ni ceux qui la rejetèrent, n'en connurent les conséquences: le hasard fit l'office de la raison et de la politique, et sauva l'empire d'un péril plus grand que celui qu'il aurait pu courir de la perte de trois batailles et de la prise de deux villes.
        En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous les négociants, et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil, et qu'en envoyant au Mogol et aux autres rois des Indes ses sujets les plus industrieux, il aurait cru leur donner la moitié de ses Etats.
        Les persécutions que nos mahométans zélés ont faites aux Guèbres les ont obligés de passer en foule dans les Indes; et ont privé la Perse de cette laborieuse nation, si appliquée au labourage, qui seule, par son travail, était en état de vaincre la stérilité de nos terres.
        Il ne restait à la dévotion qu'un second coup à faire: c'était de ruiner l'industrie; moyennant quoi l'empire tombait de lui-même, et avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu'on voulait rendre si florissante.
        S'il faut résonner sans prévention, je ne sais, Mirza, s'il n'est pas bon que dans un Etat il y ait plusieurs religions.
        On remarque que ceux qui vivent dans des religions tolérées, se rende ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante; parce que, éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leur richesses, ils sont portés à en acquérir par leur travail, et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles.
        D'ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes utiles à la société, il est bon qu'elles soient observées avec zèle. Or qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce zèle que leur multiplicité?
        Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien. La jalousie descend jusque aux particuliers: chacun se tient sur ces gardes, et craint de faire des choses qui déshonoreraient son parti, et l'exposeraient aux mépris et aux censures impardonnables du parti contraire.
        Aussi a-t-on toujours remarqué qu'une secte nouvelle introduite dans un Etat était le moyen le plus sûr pour corriger les abus de l'ancienne.
        On a beau dire qu'il n'est pas dans l'intérêt du prince de souffrir plusieurs religions dans son Etat. Quand toutes les sectes du monde viendraient s'y rassembler, cela ne lui porterait aucun préjudice; parce qu'il n'y en a aucune qui ne prescrive l'obéissance et ne prêche la soumission.
        J'avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion: mais qu'on y prenne bien garde, ce n'est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c'est l'esprit d'intolérance qui animait celle qui se croyait la dominante.
        C'est cet esprit de prosélytisme, que les Juifs ont pris aux Egyptiens, et qui d'eux est passé, comme une maladie épidémique et populaire, aux mahométans et aux chrétiens.
        C'est enfin cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine.
        Car enfin, quand il n'y aurait pas de l'inhumanité à affliger la conscience des autres, quand il n'en résulterait aucun des mauvais effets qui en germent à milliers, il faudrait être fou pour s'en aviser. Celui qui veut me faire changer de religion ne le fait sans doute que parce qu'il ne changerait pas la sienne quand on voudrait l'y forcer: il trouve donc étrange que je ne fasse pas une chose qu'il ferait lui-même, peut-être pour l'empire du monde.

        A Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 17

  • La mouette

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    Incroyable mais vrai. La Mouette était donné mardi dernier au Théatre National de Bordeaux Aquitaine et à l'Athénee Louis Jouvet à Paris. J'étais à l'Athénée et ma complice préférée à Bordeaux. A Bordeaux, la représentation a duré 3 heures 45 avec entracte, à Paris 1 heure 45 sans entracte. C'est exactement le même texte!

    A Paris c'était fulgurant! Pas de décor ou si peu, des acteurs habillés comme vous et moi dans le métro, rien qui évoque la Russie, des chaises, un banc, un drap...

    Que le texte de Tchekhov, le texte précipité à toute allure mais toujours intelligible, on s'accroche, et les images naissent toute seules dans la tête... Le soir Claude Régy confirme le mécanisme à l'oeuvre dans un entretien au Monde. Le pouvoir d'évocation du texte et de lui seul.

    Tchekhov présentant sa pièce comme une comédie, c'est une comédie humaine c'est à dire tragique, dans la présentation, le metteur en scène compare Treplev à Hamlet... C'est dire.

    La semaine prochjaine je vais voir sur le même mode Oncle Vania

  • Alep

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    Ces photos ont été prises au printemps 2008 à l'occasion d'une visite à Alep lorsque nous étions en poste à Beyrouth.

    Ces photos, on ne peut plus les faire aujourd'hui et on ne pourra plus jamais les faire puisque samedi dernier une grande partie du souk d'Alep dont l'histoire remonte au XIV siècle a été victime d'un incendie causé par la barbarie, la folie des hommes.

    Qu'attendons nous pour l'arrêter? Quels sont les intérêts supérieurs qui interdisent au conseil de sécurité de prendre les mesures pour mettre fin à cette guerre civile et à son cortège de morts, de blessés, de ruines, de désolation?