Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Cabaret Hamlet

    hamlet 004.jpg
    La scène et le parterre de l'Odéon transformés en salle de cabaret à l'occasion de cette représentation d'Hamlet mise en scène par Matthias Langhoff, jusqu'au 12 décembre.
    Quatre heures trente de théatre total! Un vrai régal. Au début on est un peu désarçonné à l'entrée dans la salle. Les fauteuils du parterre ont disparu pour laisser place à des tables et des chaises de bistrot. Il n'y a plus de scène à proprement parler. Elle est partout, dans tous les coins. Les acteurs ont déjà pris place parmi les spectateurs et on se prend à dévisager ses voisins : acteurs? spectateurs? On est aussi très bien installé dans les fauteuils du premier étage avec un peu de hauteur de vue mais on n'aura pas droit le moment venu à la dégustation de Calsberg, ni à la distribution de graminées...
    Tout cela est un peu déroutant bien sûr, surtout quand on n'a pas comme moi un souvenir précis de l'intrigue et des personnages. Le public, peu nombreux, est manifestement surpris aussi par la longueur de la pièce et il y a quelques départs anticîpés.
    Mais, au delà de l'ajustement à effectuer, de l'étonnement né des premières chansons très swing fredonnées par Gertrude, la mère d'Hamlet, accompagnée par le Tobetobe Orchestra, on est pris par le texte de Shakespeare qui s'impose par sa force. A vrai dire, après la représentation, on n'a qu'une envie le réécouter tant il est riche. Comme le souligne Matthias Langhoff, Hamlet est de tous les jours, il faut l'écouter phrase après phrase et d'une façon générale prendre le temps, ce que l'on ne fait pas "de rassembler tous nos sens, entendre avec les yeux, voir avec le nez, sentir avec les oreilles."
    hamlet 005.jpg
    Toute la troupe est formidable. Un grand moment de théatre.

  • Les carnets du sous-sol

    sous sol.jpg

    J'ai découvert ce roman grâce à Alain Finkelkraut, puisque c'est un des ouvrages qu'il commente dans Un coeur intelligent, livre que je n'ai pas encore lu, ayant décidé de découvrir à l'aveugle les livres qu'il a choisi de retenir pour son dernier essai.

    On est saisi dès le début par la couverture du livre. Il s'agit d'un détail de Monomane du vol de Jean-Louis Théodore Géricault (sans date, Musée de Gand). Géricault a effectué vers 1820 une série de cinq tableaux de fous, anonymes, monomaniaques, vol d'enfant, envie... dont celui-ci, Monomane du vol, au regard tout intérieur, absorbé par sa prochaine action, par d'effroyables pensées.

    Effroyables pensées, c'est bien de cela qu'il s'agit dès les premières lignes : Je suis un homme malade, un homme méchant, un homme repoussoir...

    Cet ouvrage a été publié en 1864, Fedor Dostoïevski a alors 43 ans et il lui en reste 17 à vivre. Il a déjà connu la prison, un simulacre d'exécution le 22 décembre 1849, l'exil... c'est un auto-portrait saisissant, un cri tout au long des 165 pages.

    La première partie, le sous-sol,  est un long monologue écrit dans un sous-sol, un souterrain, image de la réclusion. L'auteur déverse sa bile sur l'humanité et sur lui-même, conscient de son abaissement : non seulement je n'ai pas su devenir méchant, mais je n'ai su rien devenir du tout : ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête - ni un héros ni un insecte... La seconde partie, intitulée sur la neige mouillée, est le récit écrit pas l'auteur du monologue de la déchéance de Zverkov, un fonctionnaire qui avait tout pour réussir et qui va sombrer, imbu de sa supériorité intrinsèque mais incapable de se lier à ses collègues, ses voisins, de nouer une relation amoureuse...

    En bonus, en fin d'ouvrage, une lecture de Francis Marmande dont on lit chaque semaine la plume alerte dans Le Monde...