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  • Mogens de Jens Peter Jacobsen

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    Dans ses lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke écrivait que parmi les livres qui lui étaient indispensables deux étaient toujours parmi les choses à sa portée : la bible et les livres de Jens Peter Jacobsen.

    Les oeuvres les plus connues de Jacobsen sont Madame Marie Grubbe et Niels Lyhne, mais Rilke conseille de commencer par Mogens : "un monde vous saisira : le bonheur, la richesse l'insondable grandeur d'un monde".

    A la base, Jens Peter Jacobsen (1847-1885) est un savant botaniste originaire du Jutland au Danemark. Il sera le traducteur de l'origine des espèces de Darwin.

    Mais rapidement, et la maladie aidant il se consacre exclusivement à la littérature.

    Madame Marie Grubbe est le portrait d'une femme qui se libère de l'emprise de toutes les conventions au XVII) siècle et Niels Lyhne celui d'un homme qui va sa libérer de Dieu et devenir un militant de l'athéisme.

    Mogens est son premier roman paru en 1872. il s'ouvre ar une incroyable description de la nature, on sent le botaniste tout à la fois poète. C'est une longue nouvelle qui décrit la parcours d'un jeune homme épris de la nature qui trouve en Camilla un amour un peu inattendu qui le sort de ses tourments, l'amène dans le monde, mais un amour qui tourne mal et s'achève par la mort de Camilla dans l'incendie de sa maison, meurtre, accident, on ne sait. Mogens se replie dans une sorte de démence pendant de long mois vivant une vie de débauché. Jacobsen nous décrit ensuite très brièvement sa rupture glaciale avec Laura avant de nous laisser supposer qu'il va trouver la grand amour avec Thora

    C'est surprenant, complexe, déroutant, avec d'incroyable descriptions de la nature, et des éléments, cela laisse perplexe comme la vie finalement.

  • Manuscrits de guerre

     

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    Parmi les manuscrits que Julien Gracq (1910-1997) a légué à la Bibliothèque Nationale, il y avait deux cahiers d'écolier de la marque Le Conquérant couverts d'une petite écriture manuscrite. 

    Un journal et un récit qui racontent la guerre livrée par le lieutenant G entre le 10 mai 1940 et le 2 juin 1940 date à laquelle il est fait prisonnier à Zyckele près de Dunkerque.

    Le lieutenant G. c'est bien sur Louis Poirier l'auteur des deux cahiers, alors chef d'une section d'infanterie qui va durant trois semaines errer des Flandres françaises aux Pays-Bas pour revenir près de Dunkerque, quasiment sans voir d'allemands, sans tirer de coup de fusils, d'avancées en replis, souvent sans instructions, sans ravitaillement, sous l'autorité d'un Etat-major désemparé, dépassé. La troupe est souvent ivre. Son chef n'a aucun ascendant sur ses hommes avec lesquels, il le reconnait, il ne fait pas corps, chacun se demande ce qu'il fait là. Beaucoup aspirent à la reddition. Le lieutenant G à peu près seul se fait une haute idée de sa mission, il est convaincu qu'il ne faut pas reculer sans instruction écrite mais il ne parvient pas à en convaincre ses troupes, il n'essaie même pas convaincu que c'est sans espoir..

    Mais il y a du plaisir tout de même, allongé sur le sol, terré dans un trou, à contempler la nuit , en ce printemps ensoleillé, la mer d'un côté la plaine de l'autre, près de l'Aa.

    Le premier manuscrit est un journal écrit sans doute très rapidement après les évènements relatés, sur la base de notes prises sur le vif, le second manuscrit st un récit qui se concentre sur deux journées avec un peu plus de recul, une approche plus littéraire aussi. Dans le premier manuscrit, Louis Poirier emploie le Je dans le second, le Il.

    Le contraste avec Le feu d'Henri Barbusse est saisissant. Sans doute les auteurs sont différents, Louis Poirier donne de lui-même l'image d'un être, un peu misanthrope qui se complait dans la solitude qui n'a que mépris pour les comportements inapropriés. Mais à le lire, on comprend pourquoi la France a perdu la guerre, cette guerre, personne n'y croit, c'est le temps de la soumission. Marc Bloch dans L'étrange défaite en a analysé les causes. C'est à relire aujourd'hui.